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Tchad : des enfants vendus aux éleveurs

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01-05-2000
par François Doumnan

Les éleveurs nomades, en transhumance au sud du Tchad, achètent sur place des enfants mineurs à leurs parents pour garder leurs bœufs. Ils les traitent comme des bêtes de somme. Avec la complicité des autorités locales.

En guenilles, chaussures usées aux pieds, les yeux rouges et la mine renfrognée, Nargoun, un bâton à la main, essaie tant bien que mal de regrouper un troupeau d'environ 200 bœufs. Il n'a que 13 ans. Et pourtant, il doit garder les bœufs pour contribuer à maintenir son père parmi les hommes les plus nantis du village. "Mon patron s'appelle Bilal. Il est venu chez nous à Goundi et a remis 10 000 F cfa à mon père pour que je travaille avec lui. Mon père m'a dit que nous deviendrons riches, grâce aux bœufs que Bilal nous donnera en contrepartie", révèle-t-il.

Dans la région du Moyen-Chari, à plus de 500 km au sud de N'Djaména, des centaines d'autres enfants de moins de 18 ans sont devenus gardiens de bétail des éleveurs venus s'installer dans la zone méridionale du Tchad. L'austérité du désert du Nord a poussé ces derniers à rechercher de nouveaux pâturages dans le sud. D'après un contrat tacite conclu entre parents et éleveurs, les enfants bouviers reçoivent deux bœufs en guise de récompense, à l'issue d'un périple éprouvant de six mois, voire deux ans de pâturage. Ils parcourent ainsi des milliers de kilomètres à pieds pour atteindre les villages de Sido à la frontière centrafricaine ou ceux de Baïbokoum, à l'extrême sud du Tchad, à la frontière du Cameroun.

Ces enfants sont, de plus, maltraités par les propriétaires. "Mon patron me dit de laisser les bœufs manger les épis de mil dans les champs", raconte Zazouli, de son vrai nom Firmin, âgé de 9 ans. "J'ai refusé parce que le cultivateur a souffert pour faire son champ. Mon patron fouille souvent dans la bouse des bœufs pour voir s'il y a du mil", poursuit-il. Pour n'avoir pas obéi, l'enfant a été durement châtié. Le berger l'a ligoté, les mains derrière le dos, avant de lui assener 50 coups de férules. Libéré le lendemain, le malheureux a repris le chemin de la brousse en compagnie de son troupeau. Il passera cinq jours et cinq nuits sans manger, et ses moments de repos seront fonction de ceux des bêtes.

"L'esclave n'a pas droit à la nourriture".

Ils doivent se contenter de fruits sauvages et boire, comme les bœufs dont ils ont la garde, les eaux insalubres des mares et des marigots. "L'esclave n'a pas droit à la nourriture", leur répondent certains employeurs lorsqu'ils réclament à manger. Les moins cyniques leur remettent en guise de ration alimentaire journalière un peu de pâte de mil et du lait caillé. "Avec ce repas, je suis toujours constipé. Et en plus de ça, je dors la nuit parmi les bœufs, à même le sol", se plaint Zazouli.

Malheur à ceux qui tombent malades car les éleveurs ne leur accordent dans ce cas aucune attention. Ils estiment qu'ils les ont achetés et donc qu'ils n'ont pas à engager de dépenses pour eux. Il ne reste au petit bouvier qu'à serrer les dents et à se remettre à l'ouvrage sinon son employeur résilie aussitôt le contrat sans aucun recours possible. "Un jour, raconte l'un d'eux, j'étais malade et un agriculteur m'a donné des médicaments. Il m'avait trouvé couché sous un arbre, en pleine brousse. Je n'avais plus de force pour surveiller les bœufs. Il a dit qu'il m'a ainsi aidé juste pour l'amour de Dieu".

A bout de forces, certains abandonnent le troupeau et s'enfuient. Malheureusement, ils sont très vite rattrapés par les éleveurs. Parfois, les parents acceptent de reprendre leurs enfants. D'autres, par contre, n'y arrivent pas, faute de pouvoir rembourser l'argent reçu et les dommages et intérêts qu'exige l'éleveur devant les autorités administratives. L'enfant est ainsi gardé en compensation. A cause des bakchichs, les autorités militaires, pour la plupart originaires du nord du pays comme les éleveurs, font la part belle à ces derniers. "Elles ne sont pas affectées dans la zone méridionale par hasard. Elles veillent sur les biens (bétail) de certains dignitaires du pouvoir central de N'Djaména", maugrée un chef de village.

Les chances des enfants bouviers d'échapper à leur sort sont minces. En plus des éleveurs, ils ont à leurs trousses la gendarmerie. "C'est le commandant de brigade de la gendarmerie qui nous a obligés à repartir chez les éleveurs. Il a dit que si nous fuyons encore, il va nous tuer", raconte un fugitif récidiviste. Ceux qui réussissent se retrouvent dans les rues des villes comme Sarh, chef-lieu de la préfecture du Moyen-Chari et Koumra, une sous-préfecture. Ils dorment généralement sous les étals au marché. Certains parents n'ont aucune nouvelle de leur progéniture. "Une femme m'a demandé de mener des enquêtes car son enfant a disparu depuis huit ans. Elle n'a pas de nouvelles. Elle voulait me remettre une carte photo de son fils mais malheureusement, elle l'a perdue", raconte un animateur rural.

A la Conférence nationale souveraine de janvier 1993, les associations des droits de l'homme avaient pourtant déjà révélé les problèmes des enfants bouviers. Curieusement, ce sujet a été purement et simplement écarté parce qu'il fait partie des tabous au Tchad. En avril 1997, lors d'un atelier sur la gestion positive du conflit agriculteurs/éleveurs, organisé à Sarh par l'Institut Panos et le collectif des associations des droits, la situation des enfants bouviers a été mise en exergue. Mais, à en croire un militant des droits de l'homme, le sujet, une fois de plus, a été adroitement survolé.

Syfa-Tchad

http://www.syfia.info/index.php5?view=articles&action=voir&idArticle=921

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