mercredi 20 avril 2011, par Mbaïdedji Ndjénodji Frédéric
La ville historique de Faya-Largeau, située à plus de 1000 Km de N’Djaména, en plein Sahara, est aussi une ville mythique. Soumise à différentes intempéries et menacée par les dunes de sable, elle fait l’objet d’un futur déplacement. En attendant la réalisation du projet, la revue Tchad et Culture est allée à la découverte de cette vieille cité.
Samedi 05 février 2011, 9h30. L’avion des éléments français au Tchad vient de nous débarquer à l’aéroport de Faya Largeau. Un vent de sable frais nous accueille sans crier gare. Je me remémore -tardivement- les conseils d’un ami qui me taquinait la veille de mon départ en me demandant si j’ai prévu mon kadamoul (ndlr, turban). "Ces vents qui durent tout le mois de février sont embêtants mais, ils sont plutôt bien pour la pollinisation de nos dattiers", nous dira plus tard un planteur. Tout autour de l’aéroport, on note une présence remarquée des militaires. Faya garde toujours sa dimension géostratégique.
Heureusement, de majestueuses dunes de sable ondoyées alternent avec des palmiers dattiers dans les dénivellations qui présentent un paysage féérique. La tombe, vide, du père de l’indépendance, Ngarta Tombalbaye, attire notre attention à environ 300 m de là.
Des bâtissses rustiques et fragiles
En dévalant l’aéroport vers la ville, le rond-point peint aux couleurs nationales, la façade du Lycée des Martyrs ou encore les bâtiments des délégations de la santé ou de l’éducation présentent un signe apparent de modernité. Le magistral bâtiment flambant neuf du gouvernorat et le nouvel hôpital régional en finition, donnent de Faya l’image d’une ville en pleine mutation. En s’enfonçant dans la ville, on se rend vite compte que Faya n’est en réalité qu’une vieille cité antique, aux maisons en "poto-poto" très friables, disposées sans plan cadastral rigoureux. En outre, les stigmates de la grosse pluie de 60 mm de juillet 2010 qui a endeuillé des familles et fait plusieurs sinistrés sont encore visibles sur plusieurs maisons en ruine, abandonnées.
Presque tous les bâtiments administratifs sont des reliques coloniales, grossièrement badigeonnées. Le préfet, le sous-préfet, squattent l’hôtel de ville nouvellement construit. Le palais de justice situé à côté de la place de l’indépendance est en état de dégradation avancée. "J’ai une fenêtre sur le toit", plaisante le procureur de la République, montrant le toit défoncé de sa résidence, le mettant en contact direct avec le soleil. Pire, des piles de dossiers de justiciables gisent sous les décombres d’un bureau dont le toit s’est effondré. "Tous ces dossiers sont irrécupérables. C’est la grosse pluie de l’année dernière qui a causé cela", se résigne le président du tribunal.
Outre les spécificités sociales, culturelles et religieuses propres à chaque ethnie, les autochtones (les Goranes) sont subdivisés en clans, majoritairement représentés à Faya par les Kamadja (sédentaires), les Doza (semi-sédentaires) et les Anakaza (nomades).
Les quatorze quartiers et cinquante carrés qui constituent la commune de Faya, sont très marqués par un repli identitaire. Le très reclus quartier Dozanga caractérisé par sa rusticité, n’est habité que par les Doza. Le quartier Djidi et Amoul par exemple, sont des terres Anakaza. Le verdoyant Tchang-sousse est pratiquement Kamadja. Seuls les quartiers centre I et centre II se démarquent des autres par leur cosmopolitisme, un véritable melting-pot où on trouve des Zaghawa, des ressortissants de la partie méridionale du pays, des Ouaddaïens, etc. L’ambiance au carré Démocratie, dans le quartier Centre I, tranche net avec le puritanisme constaté dans d’autres quartiers : des cabarets animés où coulent la bili-bili (bière locale) et le argui (alcool de traite), des ventes à domicile, etc.
La Libye, principale pourvoyeuse des produits manufacturés
Le marché central, à côté de la grande mosquée en chantier, est assez animé aux premières heures de la matinée. On y trouve des produits maraîchers, des vivres provenant d’Abéché, de N’Djaména et d’autres localités. Mais à l’amorce de l’après-midi, il désemplit. A un kilomètre de là, le marché Terre rouge ou marché libyen, est plus achalandé. Il a cette particularité que tout ce qui s’y trouve, vient de la Libye : tapis d’orient, habits, ustensiles de cuisine, denrées alimentaires, etc. "Les produits sont bon marché. Je commande sur ce marché des articles que je revends à N’Djaména souvent au prix du double", confie une commerçante.
Les soirs, les rues de Faya deviennent austères, vidées des promeneurs et plongées dans le noir depuis que les deux groupes électrogènes de la STEE sont tombés en panne. Le gouvernorat, par contre, bénéficie de l’électricité fournie 24h sur 24 par le détachement des éléments français au Tchad. Heureusement, "les cas d’agressions crapuleuses, nous ne les connaissons pas ici", rassure un natif.
Frédéric Ndjénodji Mbaïdedji
