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Interview: Djibrine Assali Hamndallah, un Leader Politico-armé Tchadien nous parle

Né en 1949 à Oumrane (Mangalmé-Guéra),le chef politico-militaire qui va nous entretenir est un combattant au vrais sens du mot.Depuis les 30 dernières année,sa biographie est indissociable à la lutte syndicale. Son activisme provoque des cauchemars chez beaucoup des responsables politiques qui se sont succédés au ministère du Travail et aussi, chez les patrons des entreprises parapubliques et privées du Tchad. Sa force, son énergie, son engagement lui confèrent, en revanche, une immense aura chez les travailleurs tchadiens. A 60 ans, Djibrine Assali, puisque c’est de lui qu’il s’agit est devenu l’un des plus célèbre syndicalistes du monde et un leader politico-armé qui se veut rassembleur. Epié et surveillé de trop près par la police politique d’Idriss Deby, Mr. Djibrine Assali a rejoint le front armé depuis 2008.
Du front ou il est avec ses hommes, Mr. Djibrine Assali fait l’honneur d’un entretien à tchadforum.com pour ses fidèles lecteurs.

Tchadforum : Bonjour Mr. Assali
Djibrine Assali : Bonjour Mr. Ngoussou

Tchadforum : Merci pour avoir accepté de nous accorder cet entretien. Mais avant de commencer, pourriez-vous dire au public qui est Mr. Djibrine Assali ?

Mr. Djibrine Assali : Djibrine Assali Hamdallah est né en 1949 à Oumrane (Mangalmé-Guéra), détenteur d’un diplôme de l’Institut Africain des Assurances de Tunis et d’une licence en droit de l’Université du Tchad, il fut, entre autres, successivement :
Enseignant (1969-1975);
Cadre à la Société Tchadienne d’Assurance et de Réassurance (La STAR Nationale) (1978-1992);
Syndicaliste (1979-2008);
Député de Mangalmé et 3e Vice-président de l’Assemblée Nationale (1989 );
Représentant du Guéra au Conseil Provisoire de la République (CPR), (1990-1991);
2e Vice- Président de la Conférence Nationale Souveraine (1993) ;
Membre du Conseil Supérieur de la Transition (CST), (1993-1997) ;
Membre du Comité Exécutif de la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL), (1992-2006) ;
Président de l’Union Syndicale des Etats Sahélo Sahariens (CEN SAD), (2003-2008) ;
Président de l’Organisation Syndicale des Travailleurs des Etats de l’Afrique Centrale (CEMAC), (2003-2008) ;
Membre Suppléant du Conseil d’Administration du bureau International du Travail (BIT), (200-2008).
Et aujourd’hui, Leader d’un mouvement politico-armé basé à l’Est du Tchad.

Tchadforum: Mr. Djibrine Assali fut membre de l’UFR avant d’entrer en dissidence avec ce mouvement. Aujourd’hui, il est leader d’un mouvement politico-armé. Peut-on savoir les raisons de votre départ de l’UFR et aussi savoir d’où venaient l’urgence et la nécessité de créer un autre mouvement armé en dehors de l’UFR pour combattre le même adversaire politique?

Mr. Djibrine Assali : S’il est vrai que la création de l’UFR en janvier 2009 avait suscité, à la fois, beaucoup d’espérance et d’espoirs, il faut cependant reconnaître que, très vite le découragement et la désullision ont fini par l’emporter. En effet, il a été très vite constaté que chacun des principaux dirigeants, tout en prétendant agir pour l’unité et pour la réalisation des objectifs que nous étions fixés, avait, au contraire, son agenda secret, ses propres calculs, des intérêts personnels et/ou communautaires à poursuivre et à défendre.

L’UFR n’avait pas eu un véritable programme d’action assorti d’une répartition des tâches. Il s’est agi plutôt d’une navigation à vue au cours de laquelle les décisions se prennent au sein d’un groupe restreint tandis que les autres responsables ne font que de la figuration.
On peut aussi s’interroger sur ce que nous avons fait depuis plus d’un an, après notre défaite d’Am Dam. Pratiquement rien, sinon constater avec amertume et impuissance, la défection ou le ralliement au régime des milliers de nos combattants. Qu’allons-nous faire et quand ? Là également, personne ne peut vous donner de réponse.
En outre, comment se fait-il qu’un mouvement qui mène une lutte armée contre une dictature en vue de favoriser l’instauration des institutions démocratiques se permet-il de ne pas respecter ses propres textes constitutifs, en refusant, par exemple, d’organiser les assises de ses organes statutaires ?
Par ailleurs, non seulement les membres de ces organes ont été cooptés au lieu d’être désignés par le Conseil Supérieur de la Résistance(CSR) comme prévu par les statuts, mais ce dernier n’a jamais tenu une seule session alors que, statutairement, il devait en tenir deux par an.

Quant au Bureau Exécutif, sa dernière réunion date du 02 novembre 2009. Lorsqu’on ajoute à cela la défection, depuis septembre 2009, de plus deux mille combattants qui contestent le maintien de Timan Erdimi et de ses adjoints à la présidence du mouvement, l’on peut aisément constater que l’UFR n’est plus ce qu’elle est censée être.
Face à une telle situation qui ne présente aucune perspective d’action et d’espoir, sinon un ralliement sans condition à un régime dont le comportement sera, sans nul doute, encore pire qu’auparavant, c’est un devoir pour tout patriote et tout nationaliste de prendre ses distances en cherchant un autre cadre de lutte. En croisant les bras ou en nous taisant, nous aurons tous dans notre conscience des remords pour le sacrifice inutile de toutes les victimes de la résistance : morts, handicapés, orphelins, prisonniers, exilés, etc.

En définitive, je dirais que, depuis l’échec inexplicable d’Am Dam (mai 2009), il y avait péril en la demeure et, soit par peur ou par intérêt, nous avons failli à notre devoir en cautionnant ces échecs et cette dérive. Pourtant, nombreux sont les combattants qui ont, très tôt tiré la sonnette d’alarme et qui, malgré les multiples difficultés de toutes sortes, s’étaient mis en retrait et continuent, courageusement, à s’organiser sur le terrain. C’est pourquoi, je pense que tous les patriotes qui défendent réellement la cause du peuple tchadien qui a tant souffert des méfaits de ce régime, doivent rejoindre ces combattants afin de les aider à s’organiser sur des bases saines, en évitant les erreurs du passé. A mon humble avis, il n’y a pas une autre voie de salut.

Tchadforum : Mr. Assali, en votre qualité de chef rebelle et en tant que Syndicaliste qui a consacré de grands efforts à la défense des travailleurs, quelle analyse faites-vous de la situation politique et sociale du Tchad?

La situation politique du Tchad est bloquée, sinon, à mon âge, plus de soixante ans dont trente passés dans la vie syndicale et associative, je ne me serai pas engagé dans l’opposition armée. Malheureusement, le clan au pouvoir qui a instauré de fait un régime de parti unique, ne laisse pas d’autres choix aux démocrates. En effet, il ne faut pas se fier aux apparences. Il n’y a aucune démocratie au Tchad. Une véritable dictature y règne et sévit sans pitié. Les violations des droits de l’homme, les assassinats, dont les plus connus sont ceux de Maître Béhidi et de Ibni Oumar Mahamat Saleh, sont monnaie courante. Les associations de défense des droits de l’homme en ont recensé environ 25 000.
A travers la modification de la constitution consensuelle de 1996, modification dont l’objectif principal est de permettre à Idris Deby de briguer sans limitation la présidence de la République, la mainmise sur les mécanismes et les institutions en charge de l’organisation et du contrôle des élections, l’utilisation de l’appareil et des moyens de l’Etat sans parler des fraudes et autres bourrages des urnes, tout a été mis en place pour permettre, non seulement à l’actuel président de régner à vie mais, en cas de disparition, ce système servira d’héritage à un de ses fils, frère, neveu ou oncle. Bref le Tchad est devenu, à défaut d’une monarchie, une dynastie : une confiscation pure et simple du pouvoir par un homme, son clan et ses courtisans qui ont réussi à mettre en place un système qui exclut toute possibilité d’alternance au pouvoir.

Et comme vous pouvez vous en douter, cette réalité de la situation politique a, inévitablement, produit ses conséquences sur le plan économique, financier et social.

En effet tout ce qui est source de richesses ou de revenus est passé aujourd’hui entre les mains du clan ou de ses associés. Non seulement ils se sont appropriés, bien souvent sans contrepartie, les entreprises ou sociétés créées depuis le régime de Tombalbaye, mais même le sable et la terre n’ont pas échappé à leur voracité. Ce qui est encore plus grave, leur soif d’argent est insatiable. Sinon, depuis 20 ans qu’ils se sont accaparés de l’Etat et de ses ressources, ils se seraient déjà rassasiés pour consacrer ce qui reste au développement du pays et au bien-être économique et social des populations. Car nul n’ignore que face à la richesse et à l’opulence scandaleuse des tenants du pouvoir et de leurs acolytes il y a presque 98% des tchadiens et tchadiennes qui vivent dans la misère, incapables de manger à leur faim, à se loger et à s’habiller correctement, à se soigner, à scolariser leurs enfants comme il faut, à bénéficier régulièrement de l’eau potable et de l’électricité. Pourtant on nous dit tout le temps que le Tchad est entré, depuis 2003, dans le club des pays pétroliers.

Cette situation de pauvreté et de misère amène d’ailleurs beaucoup des tchadiens à dire, à juste titre, qu’on vivait mieux du temps des anciens régimes que maintenant, n’en déplaise à la poignée de nouveaux riches dont la fortune repose essentiellement sur le pillage et le détournement des ressources et des biens publics.

Tchadforum : On a bien l’air que vous avez un réquisitoire sur l’UFR et aussi bien sur la gestion du Tchad par le clan Deby. Quels sont, d'après vous, les principes qui fondent l'action de la rébellion? Quels sont les objectifs prioritaires de votre mouvement ?

Mr. Djibrine Assali : A mon avis, les principaux principes qui fondent l’action de l’opposition armée sont les suivants :

La restauration des libertés et des droits fondamentaux ;
L’instauration d’un régime véritablement démocratique ;
L’égalité de tous les citoyens en droits et devoirs ;
Une véritable justice afin qu’aucun individu ou groupe d’individus ne soit au-dessus de la loi ;
L’opposition aux violations des droits de l’homme ;
L’exigence d’une bonne gouvernance ainsi que d’une gestion saine et transparente des ressources de l’Etat ;
etc.…

Quant aux objectifs prioritaires de notre mouvement, il s’agit, ente autres de :

Renverser la dictature afin de réaliser la paix, la sécurité, la réconciliation nationale et la mise en place des institutions véritablement démocratiques ;
Jeter les bases d’une véritable armée nationale en tenant compte de la représentation équitable de toutes les régions tant en ce qui concerne les grades que les postes de responsabilité ;
Assurer la continuité de l’Etat et des services publics ;
Organiser dans les meilleurs délais possibles un forum national qui mettra en place les organes de transition, fixera leur mission ainsi que le calendrier de son exécution.

Tchadforum : Un adage Sara dit que « Le chasseur se glorifie au village parce que les animaux n’ont pas eu l’occasion de raconter leur part d’histoire ».Vous qui vivez de l’autre coté, pouvez-vous nous dire en quelques mots le degré de contestation interne au sein des différentes tendances basées à la frontière Tchad Soudan?

Mr. Djibrine Assali : Je ne peux pas vous dire le degré, mais, malheureusement, je dois reconnaître qu’effectivement, il y a des contestations sérieuses au sein de toutes les tendances qui se sont traduites, dans la plupart des cas, par des divisions ou des dissidences.

Tchadforum : Quels sont les milieux hostiles à l’union de la rébellion armée tchadienne?

Mr. Djibrine Assali : Au niveau de l’opposition armée, je ne pense pas qu’il y ait des milieux hostiles à l’union de la résistance mais, par contre, il y a beaucoup des résistants, je dirai même la majorité d’entre eux, qui désapprouvent la direction de l’UFR à cause de sa mauvaise manière de conduire et de gérer le mouvement.

Tchadforum : En votre qualité de Syndicaliste et Chef Rebelle, quelle place tient la critique dans votre théorie de la lutte armée et Comment vos détracteurs vous dépeignent-ils au front?

Mr. Djibrine Assali : Toute critique, lorsqu’elle est objective est une bonne chose et elle est la bienvenue car elle nous permet de corriger nos erreurs et d’aller de l’avant. Cependant, il y a parfois des critiques qui ne sont pas fondées et qui visent simplement à nous discréditer vis-à-vis de l’opinion nationale et internationale sans cela, nous acceptons volontiers, toute critique objective et constructive sinon, aucun progrès ne serait possible.
Quant à nos détracteurs certains pensent que nous sommes tout simplement des aventuriers assoiffés de pouvoir.
Par contre d’autres estiment, non sans raison, qu’il se trouve dans nos rangs, des criminels, des repris de justice ou des auteurs des détournements des deniers publics ayant rejoint l’opposition armée afin de se refaire une virginité politique.

Tchadforum : Et quelles qualités trouvez-vous aux autres chefs rebelle et quelles sont actuellement les priorités de votre combat pour la réorganisation de la rébellion ?

Mr. Djibrine Assali : Les chefs de l’opposition armée ont certainement des qualités ne serait-ce que leur esprit de sacrifice et leur courage qui leur permettent d’accepter d’une part, toutes les difficultés de la vie en brousse (du moins pour ceux d’entre eux qui y passent la majeure partie de leur temps), et, d’autre part, d’exposer leur vie dans des champs des combats. Mais cela ne suffit pas car si nous avions toutes les qualités requises, avec les moyens que nous avions eus, nous serions déjà à N’Djaména. En disant cela, je n’ignore pas, en tant que croyant, que c’est Dieu qui donne le pouvoir. Mais c’est pour affirmer que Dieu aussi ne vous donne que si vous avez les qualités requises afin de bien l’exercer au service de votre peuple.

S’agissant des priorités de notre combat, elles concernent les points suivants :

La réorganisation et/ou la restructuration de l’opposition armée ;
Le lancement des opérations militaires d’autant plus que le régime en place a exclu toute négociation et n’a opté que pour des ralliements sans conditions;
En cas de victoire, ramener la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire national ;
Organiser dans les meilleurs délais possibles un forum national regroupant les représentants des mouvements politico-militaires, des partis politiques, des associations de la société civile et des personnes ressources pour organiser la transition et jeter les bases du nouveau régime démocratique.

Tchadforum : L’opposition politico armée est souvent présentée comme une simple dépendance du Soudan, au pire, des mercenaires à la solde du Soudan. Que répondez-vous à cela ?

Mr. Djibrine Assali : S’agissant de la dépendance vis-à-vis du Soudan, nous ne pourrons nier cela tant que nous n’aurons pas le contrôle d’une partie du territoire national. Mais en ce qui concerne la qualification de mercenaires, lorsqu’on examine objectivement les raisons qui ont amené des milliers des gens à s’engager dans l’opposition armée, on ne peut accorder aucun crédit à ces allégations. Croire le contraire ce serait aussi admettre que Deby et ses compagnons avaient été aussi, en leur temps, des mercenaires puisqu’ils avaient mené leur lutte dans les mêmes conditions.

Tchadforum : L’élément féminin est-il représenté dans votre composante actuelle ? Que dit-on de la jeunesse?

Mr. Djibrine Assali : Pour le moment, la présence féminine est négligeable. Quant à la jeunesse masculine, elle constitue plus de 99% de nos troupes.

Tchadforum : De l’extérieur, nous avons une rébellion contre le pouvoir d’Idriss Deby, mais vu de l’intérieur, nous avons plutôt l’impression que ce sont des clans contre des clans. Nous faisons une course d’ânes. Ceux qui avancent s’arrêtent pour attendre les autres sans atteindre l’objectif final?

Mr. Djibrine Assali : Cette impression n’est pas totalement fausse c’est pour cela d’ailleurs que nous avions mentionné plus haut la réorganisation et/ou la restructuration de l’opposition armée.
En effet, il s’agit actuellement de procéder, d’une part, à une fusion totale des tendances et, d’autre part, à un brassage intégral des combattants. De cette manière, et également à l’aide d’une bonne campagne de sensibilisation et de formation, nous arriverons à transcender les divergences ainsi que les clivages constatés par le passé.

Tchadforum : Merci Camarade Djibrine Assali.

Mr. Djibrine Assali : C’est à moi de vous dire merci Mr. Ngoussou.