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Militaire français au Togo: "Je me suis fait piéger"/L’officier français de la honte

Par Anne-Laurence Gollion, publié le 12/08/2010 à 12:30

Au coeur d'une polémique à la suite d'une vidéo le montrant menacer avec véhémence à un journaliste togolais, Romuald Letondot revient sur les circonstances et les suites de l'incident.

La diffusion sur YouTube d'une vidéo montrant un coopérant français se disputer avec le journaliste togolais Didier Ledoux (Liberté), en marge d'un congrès du parti d'opposition l'Union des Forces de Changement (UFC), a été très commentée mercredi 11 août. Pour LEXPRESS.fr, le militaire français impliqué, le lieutenant-colonel Romuald Letondot , a accepté de s'expliquer.

Pouvez-vous revenir sur le contexte de cette altercation?

Ce mardi, j'ai simplement pris ma voiture pour aller payer mes impôts et m'acquitter de quelques formalités administratives car je quitte le territoire togolais dans quinze jours après deux années de coopération comme conseiller du chef d'état-major de l'armée de terre et chef de projet-formation. Je suis coopérant depuis des années et ai passé trois années au Mali auparavant. Soudain, alors que je me trouvais par hasard aux abords du congrès du parti d'opposition, mon véhicule a été caillassé par des militants de l'UFC.

Après m'être arrêté et avoir constaté les dégâts, j'ai indiqué aux gendarmes togolais présents quel était le groupe de jeunes qui s'était attaqué à ma voiture. Mais j'ai remarqué qu'un photographe me prenait en train de commander aux gendarmes, et je savais que cela allait être très mal interprété. C'est pour cela que j'ai demandé au reporter d'effacer sa photo, en lançant des intimidations ("Mets le moi en taule" ndlr). Ce n'était pas des menaces parce que je n'ai évidemment aucun pouvoir sur la gendarmerie togolaise. De plus, j'ignorais que j'avais affaire à un journaliste de Liberté: je visais la photo, pas le photographe.

Comprenez-vous que vos propos aient choqué au Togo et en France, y compris au sein de l'état-major français?

Ce n'était pas des menaces parce que je n'ai évidemment aucun pouvoir sur la gendarmerie togolaise.

Oui, bien sûr. L'armée française a eu raison de me désavouer et il est normal qu'elle ait réagi ainsi. Je regrette ces propos, et j'ai eu l'occasion de présenter mes excuses mercredi auprès du journaliste Didier Ledoux à l'ambassade française au Togo et nous sommes repartis copains. Il a tout à fait compris ma réaction, étant donné le contexte. Nous nous sommes simplement trouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Il faut comprendre la situation au Togo: l'UFC, qui n'a remporté que 20% des voix aux présidentielles, est un parti où existent beaucoup de tensions internes. Et la France est régulièrement ciblée par l'opposition.

Pourtant, si l'on met à part cette méfiance des opposants à l'égard des Français, les Togolais sont très sympathiques et pro-français. Il n' y aucune animosité envers le Blanc, le Français, le militaire.

Que va-t-il se passer pour vous maintenant?

Je ne sais pas ce que ma hiérarchie va penser de cette affaire. Mais je suis d'un naturel optimiste. J'ai réagi comme quelqu'un d'agressé, et je suis plutôt victime dans cette affaire. Il faut comprendre que je n'avais pas d'alternative et que je me suis fait piéger.

Tout ceci est un épiphénomène, qui sera avant tout dommageable pour les autres coopérants français qui restent au Togo. C'est l'éternel problème de la France qui, quoi qu'elle fasse, est mal vue.

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/militaire-francais-au-togo-je-me-...

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L’officier français de la honte
jeudi 12 août 2010, page visitée 68 fois

"Tu sais qui je suis ?" On croirait à un refrain de zouglou en vogue, il y a de cela quelques années et qui venait du côté de la Lagune Ebrié. Hélas, ce n’est pas le cas. C’est entre autres, une des questions assenées par un officier français à un reporter du quotidien d’opposition togolais Liberté. Le militaire dont il s’agit a fini par dire un peu qui il est : il s’agirait d’un conseiller du chef d’état-major de l’armée de terre du Togo ! La scène s’est passée en marge d’un rassemblement de l’opposition réprimé par les forces de l’ordre à Lomé mardi dernier. Le reporter Didier Ledoux a essuyé les foudres du lieutenant-colonel de l’armée française qui lui reprochait de l’avoir photographié. Cet officier, selon la version officielle servie, était en courroux contre des manifestants qui auraient jeté des pierres sur les vitres de son véhicule. On se demande ce qu’il faisait au juste à cet endroit. Les propos de l’ambassade de France à Lomé indiquant qu’il s’y trouvait fortuitement ont de la peine à convaincre. Mais on pourrait dire que peu importe ce pour quoi il était en ce lieu, en ce moment précis, où il y avait des échauffourées entre les manifestants de l’opposition au pouvoir en place à Lomé, et les forces de sécurité.

Ce qui choque dans cette scène dont les images sont sur Internet, c’est le comportement de l’officier français en question. Se comportant comme en terrain conquis, il a proféré des menaces à l’endroit du journaliste, allant jusqu’à évoquer la possibilité de recourir à la sécurité présidentielle, pour dit-il, mettre de l’ordre. C’est à peine croyable. Ce soldat se serait-il comporté de la sorte s’il s’était trouvé sur le sol français et avait eu affaire à la même situation ? Certainement, pas, même en rêve.

Ces menaces de l’officier de faire venir la garde présidentielle pour régler un malentendu entre lui et un journaliste dans l’exercice de son métier, laissent sans voix plus d’un observateur. C’est vraiment curieux, cette façon de faire, de la part d’un officier d’un pays censé être un pays des droits de l’Homme, la France. Mieux, c’est ahurissant, honteux et inacceptable. Cet épisode rappelle un autre, hélas sanglant : celui de la répression d’une manifestation au plus fort de la crise ivoirienne où des soldats français avaient ouvert le feu sur des manifestants ivoiriens. On connaît la suite. L’officier français aurait-il agi de la même façon dans la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo ? On en doute fort. En tout état de cause, ces rapports paternalistes et ces comportements désobligeants coutumiers à certains représentants occidentaux, notamment français, dans les Etats africains, sont à bannir. Le comportement de cet officier ne fait pas honneur à l’armée française, encore moins à son pays. Au contraire, il est de nature à créer et/ou nourrir un sentiment anti-français. Il renforce la conviction de certains que ce n’est pas demain la fin de la Françafrique. En tout cas, avec cet incident, on peut se faire une idée de ce que ce genre de conseillers peuvent donner comme recettes aux dirigeants africains. Pas sûr que ce soit en faveur de la liberté d’expression et de la démocratie.

Relwendé Auguste SAWADOGO

http://www.lepays.bf/spip.php?article2457