Me Sidiki Kaba (Ancien président de la Fidh) : «L’argent n’est pas un bon prétexte pour retarder le procès d’Hissène Habré»
Wal Fadjri
Edition du lundi 02 Août 2010
L’argent ne doit pas être un obstacle à la tenue du procès de l’ancien président tchadien Hissène Habré, en exil au Sénégal depuis 20 ans, a soutenu dimanche à Dakar l’avocat sénégalais Sidiki Kaba.
‘Quoi qu’il en soit, l’argent ne doit pas être un obstacle. Dans tous les cas de jurisprudence que nous avons connus, que ce soit le Tribunal spécial sierra-léonais, le Tribunal spécial irakien ou les tribunaux ad hoc, la justice a été mise en branle et les fonds ont suivi’, a affirmé Me Sidiki Kaba, invité de l’émission Grand jury de la Radio futurs médias (Rfm, privée). ‘Il ne faudrait pas que cela (l’argent) soit un prétexte’ pour retarder le procès, a-t-il insisté. ‘Les victimes meurent, beaucoup sont déjà morts. Et les preuves dépérissent. Et tout cela peut être de nature à obérer le procès…’, a fait remarquer l’avocat.
Le procès d’Hissène Habré, qui vit en exil au Sénégal depuis qu’il a été écarté du pouvoir par un coup d’Etat, ‘va nécessiter des fonds’ conséquents, surtout pour assurer la sécurité des plaignants et des témoins, a reconnu Me Kaba. Selon lui, l’Union africaine, le Tchad, le Sénégal et l’Union européenne, engagés tous dans la préparation de ce procès, ‘doivent pouvoir (…) dépasser la question de l’argent et aller techniquement vers le dossier’. Ils doivent déterminer la date du procès après ‘avoir fini de réunir l’ensemble des informations nécessaires’ au jugement d’Hissène Habré. Ce dernier est accusé d’avoir commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, pendant qu’il était au pouvoir, de 1982 à 1990. En 2006, l’Union européenne avait demandé à l’Union africaine de le faire juger au Sénégal ou de le faire extrader vers la Belgique, où des plaintes sont déposées contre lui.
Mais, le Sénégal, l’Union européenne, le Tchad et l’Union africaine n’ont pas encore définitivement arrêté le montant du budget nécessaire au procès dont les parties civiles se comptent par milliers et vivent dans plusieurs pays. ‘Le temps de la justice est toujours long. Il est déjà suffisamment long. Il faut aujourd’hui trouver les moyens d’abréger la souffrance des victimes…’, a soutenu Sidiki Kaba, président de la Fédération internationale des droits de l’homme (Fidh), de 2001 à 2007. ‘Il manque la volonté politique dans la mesure où la question de l’argent est devenue le nœud gordien. On pouvait la dépasser en commençant le procès. Mais, des actes positifs ont été posés par l’Etat du Sénégal qui a harmonisé son Code pénal avec les normes internationales, ce qui est une avancée’, a-t-il commenté.
‘Les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre, le génocide, sont définis dans le Code pénal’ sénégalais, a rappelé Me Kaba, qui estime qu’’il faut donc saluer cet effort du législateur sénégalais et de l’Etat’ du Sénégal. ‘Tout cela doit, aujourd’hui, a-t-il argué, nous mettre en ordre de bataille pour engager ce procès-là. Je pense que la volonté politique, c’est de dire que le procès va avoir lieu. Le nouveau palais de justice ne peut pas abriter ce procès-là. Mais, il importe que l’argent qui sera récolté puisse servir, soit à réfectionner ou à louer un lieu pouvant abriter le procès’, a-t-il encore dit.
‘Réfectionner un palais peut prendre du temps, mais (…) on a la possibilité aussi de tenir ce procès dans un endroit sécurisé. (…) Là, c’est la volonté politique qui peut en décider’, a-t-il proposé, en réaction à la remarque du président Abdoulaye Wade qui aurait récemment dit que le procès d’Hissène Habré ne se tiendra pas dans le palais de justice de Dakar. ‘Le délai est en train d’être dépassé. Habré doit pouvoir être jugé, à mon avis, a-t-il poursuivi, en fin d’année ou au début de 2011. Plus cette situation dure, plus il est difficile de la vivre’.
En décembre 2009, Herman Von Hebel, un émissaire de l’Union européenne, avait déclaré à Dakar que ‘dans les semaines et mois prochains’, Bruxelles, l’Union africaine, le Tchad et le Sénégal allaient se réunir pour ‘dresser un bilan réaliste, ferme et concret’ pour ce procès. ‘Nous avons eu beaucoup de réunions avec le gouvernement et les autorités judiciaires du Sénégal. Ce sont des réunions très informatives’, avait-il ajouté lors d’un point de presse, en présence du juriste Fafré Camara, représentant de l’Ua.
(Aps)
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