18786632 views


Tchad : Les dérives du contrôle d’Etat

Vendredi 30 juillet 2010

La Voix du Tchad

Le ministère de l’Assainissement public et de la Promotion de la Bonne Gouvernance s’est révélé, au vu de ses incursions récurrentes, comme le bras séculier d’un club des magnats de la République, dont l’intention inavouée est de semer la peur et la panique, sans parvenir aux résultats escomptés. La dernière descente à la société SEMLEX, Division du Tchad, est la parfaite illustration du fait que la moralisation, telle une fauve rusée, choisit sa proie dans la harde, afin de lui tordre le cou et de troubler l’écosystème.

C’est la loi de la nature, guidée par l’instinct grégaire de produire un sensationnel travail de policier dans un délit de faciès : les preuves, à défaut, sont concoctées çà et là à l’encontre de certains responsables, alors que d’autres restent au dessus de tout soupçon, même s’il y a péril en la demeure. Ainsi, certains agents de la puissante police des institutions de la République en mission, tel M. MBodou Mbodoumi et son équipe, ne sont pas (en dépit de leur ordre de mission) en service commandé au profit de l’Etat. Dès leur sortie du bureau, ils se sont départis de leur manteau d’équité et ont jeté aux calendes grecques leur serment de probité. C’est finalement une meute de rancuniers aux trousses des pions à damer coûte que coûte, quitte à concocter des pièces à conviction, pour jeter l’opprobre sur le service visé.

La pratique éhontée

L’on constate anormalement, mais régulièrement que certains responsables des services de l’Etat sont alertés d’avance par les mêmes agents, de la prochaine descente dans leur structure. Ce qui permet aux amis du club des magnats de brouiller les pistes existantes, de mettre tout à jour et d’attendre tranquillement de se faire contrôler. Cette mise en scène est organisée à maintes reprises. Beaucoup sont étonnés de constater que les chaînes les plus corrompues des institutions de la République sont dédouanées au passage des enquêteurs.

La moralisation doit cesser d’être un engin de guerre à l’encontre des nœuds les plus faibles, comme pour paraphraser Jonathan Smith qui soutient que « la justice est une toile d’araignée. Elle attrape les mouches et laisse passer les taons ». Cette instance de l’Etat a été saluée à sa création et ses premières heures ont été applaudies. Au fil du temps, c’est la dérive, à cause de la mauvaise conscience qui anime certains de ses agents.

Le cas de SEMLEX

Revenons donc au fait principal ayant motivé l’expression du ras-le-bol. Les responsables de SEMLEX Tchad, comme le montrent les échanges épistolaires entre eux et la mission du Contrôle d’Etat, n’ont pas été rétifs. Ils ont pourtant répondu à toutes les injonctions des enquêteurs, sauf à certains aspects de l’enquête placés sous restriction du point de vue juridique. Malgré la bonne volonté des responsables de SEMLEX à coopérer, la mission de la moralisation dirigée par Monsieur Ali Mbodou Mbodoumi a choisi de les acculer, sans tenir compte du fait qu’il était pratiquement impossible d’apporter en 48 heures des réponses exactes à certains points qui requièrent un travail technique. Comme les responsables de SEMLEX ne font pas partie du club des magnats de la République et n’a pas trempé dans le vin de l’armistice, ils sont devenus des boucs émissaires et des bons à traquer, au point de résumer l’enquête en 48 heures, alors que la fin de la mission, telle que libellée dans l’ordre de mission, est sans délai.

L’usage du faux

Par ailleurs, il y a lieu de s’interroger sur la visée de la lettre que l’équipe de M. Ali Mbodou Mbodoumi a obligé le directeur de SEMLEX à signer et s’en servir comme une preuve indéniable. Pour authentifier la nature de la lettre bâtarde, la mission a réquisitionné un agent de SEMLEX, à l’insu de ses patrons qui a tapé, à partir de la machine de SEMLEX, mot pour mot les consignes des enquêteurs. Sans prendre connaissance de la teneur de l’acte, le directeur de SEMLEX était obligé d’apposer sa signature au bas du document, comme on en fait avec les victimes politiques des régimes dictatoriaux. L’intéressé n’a même pas le droit de garder une copie de « sa lettre » et son chrono ne peut rien enregistrer. La lettre est donc nulle et de nul effet.

Les défis de la moralisation

En vérité, le ministère de l’Assainissement public et de la Promotion de la Bonne Gouvernance a du pain sur la planche tant que certains de ses agents sont des loups garnis sous la peau des agneaux. Cet épisode de l’enquête de SEMLEX doit servir de trame et amener ledit département à songer à moraliser ou à diligenter une enquête de moralité sur ses propres agents. Il s’agit là de scruter régulièrement les éventuels liens ou antécédents existants entre les enquêteurs et les enquêtés. La rue commence déjà à placer les agents de la moralisation sur la sellette à cause de leur hypocrisie, de leur forfanterie, de leur art de cacatoès … Ils ne passent jamais inaperçus. Certains brandissent à tout bout de chemin leur carte professionnelle, pour parader et intimider leurs vis-à-vis. D’autres attirent inéluctablement la foudre de ceux qu’ils offensent allègrement. Bref, la moralisation se résume comme un panier de tomates où le fruit pourri finit par emporter les autres. L’heure de l’auto examen a sonné. La moralisation doit commettre une officine indépendante aux trousses de ses agents, afin de redorer le blason de cette institution de l’Etat.

Paul Bianzeu Foba

http://www.lavoixdutchad.com/index.php?sv=53&aid=1689