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Allo, Passez-moi le Général s'il vous plait!

Tandja mérite-il le pardon ?

Quand il avait fait valoir ses droits à la retraite, on croyait qu’il irait se reposer dans un coin tranquille du Niger et écrire ses Mémoires, mais il ne se sentait peut-être pas l’âme d’un homme qui jette sur le papier. Vous avez certainement reconnu à travers ces lignes Mamadou Tanja qui n’a pas voulu se faire oublier

La politique n’ayant plus de mystère pour lui, il est revenu aux affaires après deux mandats successifs de 5 ans. Il devait donc, après 10 ans au pouvoir (il avait été élu en 1999 et 2004), passer le témoin et entrer dans l’histoire comme l’avait fait d’autres patriotes ailleurs.

Mais il a tourné casaque alors qu’un bon militaire est généralement un homme d’honneur. D’Artagnan et ses compagnons nous l’ont enseigné dans l’œuvre de Dumas père. Au lieu de donner une leçon de démocratie sur le continent africain, Tandja a décidé de son propre chef de rester à son poste pour au moins une période transitoire, de trois ans, grâce à une nouvelle Constitution.

Comme on le sait, il y a eu une véritable levée de boucliers dans son pays, mais pour lui c’était des jérémiades. Sachant où il va, ce militaire pur et dur avait déclaré qu’il ferait usage, et cela sans faiblesse, de tous les pouvoirs que lui confèrent les lois et règlements de la République en vue de trouver une solution à cette crise que certains sont malheureusement fiers de présenter comme le fruit de leur opération de sape.

Contre vents et marées, il est resté accroché au pouvoir, convaincu qu’il maîtrise la situation. Mais le 18 février 2010, des militaires comme lui (ce n’est pas étonnant) mettent fin à son régime et l’assigne en résidence surveillée. A Niamey et même ailleurs, on pousse un ouf de soulagement parce que le dictateur est enfin tombé.

Alors qu’on croyait ne plus entendre parler de celui qui régnait en maître absolu sur le pays, il vient par son comportement rappeler à tout le monde qu’il existe. Et de façon honteuse d’ailleurs, oubliant que c’est lui-même qui s’est mis dans de beaux draps. Savez-vous ce qu’il demande à ses tombeurs qui s’attellent à remettre le train de la démocratie sur les rails ?

Tenez-vous bien : la clémence. Quand il était aux affaires, ce mot existait-il dans son vocabulaire politique ? Intransigeant jusqu’au bout, le voilà aujourd’hui qui s’humilie pour ne pas quitter son lieu de détention actuel où rien ne lui maque. A-t-il peur d’être envoyé dans une vraie prison que ses opposants et même des étudiants connaissent ?

A-t-il encore peur d’un procès ? Pire, il se désolidarise de la plainte déposée par sa famille devant la Cour de justice de la CEDEAO. Qui aurait cru qu’un jour Tandja serait dans ses petits souliers ? L’homme, qui était fort et craint hier, est devenu un autre qui inspire maintenant la pitié.

En tout cas, voilà où conduit l’obstination à vouloir confisquer le pouvoir au mépris de la Constitution. Le colonel mérite-t-il vraiment le pardon au regard des actes qu’il a posés ? La Bible et le Coran nous enseignent qu’il faut pardonner à quelqu’un ses fautes. Si on s’en tient à ce précepte, il faut oublier ce qui s’est passé.

Mais ce qui arrive à Tandja servira-t-il de leçon aux autres chefs d’Etat qui ne dorment plus parce qu’ils veulent eux aussi toucher à la Constitution ? Chez nous, çà défraie la chronique à tel point qu’on ne sait pas si le locataire de Kosyam emboîterait le pas au célèbre colonel de Niamey.

La politique, c’est aussi l’art de savoir se retirer au bon moment sous peine que la destinée fasse son œuvre. Masquer ses projets véritables peut un jour pousser les choses au noir. Quand on a lu Rousseau, on se méfie de ceux qui pensent que l’enfer n’existe que pour les autres.

Justin Daboné

http://www.lobservateur.bf/spip.php?article14555

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Ainsi donc Tandja craint la honte !
lundi 26 juillet 2010, page visitée 493 fois

http://www.lepays.bf/spip.php?article2219

Selon RFI, l’ancien président du Niger, Mamadou Tandja, a adressé une lettre de demande de clémence à la junte qui a mis fin à son pouvoir le 18 février 2010. En plus de cette lettre à la junte, le locataire de la Villa verte à Niamey, a signé une autre missive, cette fois à adressée au président de la Cour de Justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Dans cette dernière, il prie la juridiction communautaire de ne tenir compte d’aucune plainte déposée en son nom, indiquant qu’il n’a "mandaté personne et en aucune manière" à ce sujet. Il avoue avoir agi sans aucune contrainte de quelque nature que ce soit et "en âme et conscience".

Mais l’on est en droit de se demander s’il a vraiment adressé cette dernière correspondance sans contrainte. Cette question vaut son pesant d’or en ce sens que dans le courrier remis à la junte, il écrit ceci : "J’ai l’honneur de vous adresser cette requête pour vous demander votre clémence et votre indulgence par rapport au dossier de plainte déposé en mon nom auprès de la CEDEAO". C’est à croire, à la lecture croisée de ces deux documents, que si l’ex-homme fort de Niamey n’a pas été contraint de façon directe à écrire à la Cour de Justice communautaire, il a, au moins, compris que la voie judiciaire empruntée par ses proches pourrait radicaliser les nouveaux maîtres de Niamey, ce qui l’a décidé à négocier leur pardon. Ce faisant, Tandja pose un acte d’humilité. C’est peu de dire qu’en l’espace de quelques mois, de sa brusque descente du paradis aux enfers - de la gloire à la déchéance -, il est passé par toutes les émotions. Comme quoi, du Capitole à la Roche tarpéine, il n’y a vraiment qu’un pas.

Par ailleurs, le président déchu demande que la junte ne le livre pas à la justice de son pays et qu’elle le maintienne dans sa prison dorée au regard de son "état de santé qui nécessite un suivi régulier". Dans la peur d’être traîné à la barre, Mamadou Tandja veut s’éviter un procès. Ainsi donc il craint la honte ! Comme le dit un dicton de chez nous, "le tueur a peur du gourdin". On a, en effet, en mémoire ce que ce chef d’Etat a fait vivre comme vexations, humiliations et embastillements à la volée, à tous ceux qui, à l’intérieur des frontières de son "royaume", avaient osé commettre un quelconque crime de lèse-majesté en critiquant d’une façon ou d’une autre son coup de force constitutionnel. Aujourd’hui, de "l’autre côté du pouvoir", il craint les effets possibles de la décision de la junte de le mettre à la disposition de la Justice. Reste à savoir si le profil bas adopté par le président déchu lui permettra d’atteindre son objectif ou si la junte fera prévaloir le droit tant il est vrai que la gestion du régime de l’ancien président, notamment vers la dernière phase de son mandat légal, a fait d’énormes dégâts (troubles politiques, famine, etc.) qui nécessitent que leurs conséquences soient tirées. En la matière, la méthode la plus idoine est le recours à une procédure judiciaire indépendante qui dira le droit et rien que le droit ; quitte à ce que le peuple nigérien décide, souverainement, de pardonner. Un procès de Tandja et de son régime pourrait, au-delà des seules frontières du Niger, faire réfléchir un tant soit peu, tous ceux qui ne raisonnent que sur la base de leurs seuls intérêts. Ainsi que les partisans de tout acabit des pouvoirs à vie par tous les moyens et quel que soit ce que cela coûte aux populations et à leur pays. Même s’il est vrai que cette situation peut ne pas servir de leçon à certains dirigeants africains pas si différents de Tandja, qui, pensant que ça n’arrive qu’aux autres, foncent tête baissée jusqu’à ce que l’irréparable se produise. Pour revenir au Niger, un tel procès pourrait servir de catharsis, après les turpitudes de Tandja et servirait, à l’exemple du Mali qui a jugé son ex-président Moussa Traoré et est reparti sur de nouvelles bases, à l’émergence d’une nouvelle citoyenneté politique moulée dans un patriotisme sincère et empreint des vraies valeurs démocratiques.

* Le Titre est de Tchadforum.com

"Le Pays"