dimanche 19 juillet 2010
Le déguerpissement des « intouchables » et locataires des villas de Sabangali et Gardolé confirme pardoxalement les faits que les juristes les plus émérites ne contestent plus. Le citoyen tchadien ordinaire est la propriété du roi, face à l’expropriation de ses biens, devant la spoliation de ses terres en ce temps de précarité aiguë. Bref, le citoyen lambda subit sans broncher, accepte malgré lui et avale contre son gré toutes les couleuvres nées spontanément des humeurs les plus saugrenues.
A l’opposé existe une classe de nantis à tous les niveaux (social, économique, politique, miliatire) qui toisent l’autorité de l’Etat dans sa plénitude et dans son portrait suprême : c’est la classe des intouchables ! A tous les nœuds des pouvoirs régaliens de la République, cette frange coriace de la population tchadienne affiche ostensiblement sa désinvolture face aux lois et règlements. Ils sont partout à ignorer les services des fiscs, à contourner les cordons douaniers et surtout à confisquer les biens de l’Etat. Leur arrogance vient tout droit de leur appartenance à une sphère sociale créée de toute pièce, puisque tous les citoyens d’un même pays (quell que soit leur appartenance) sont supposés égaux devant la loi. Leur force s’est bâtie au fil des temps, à cause des évenements malheureux que le Tchad ne finit de connaître.
Face à ces deux portraits robots des deux entités humaines d’un même pays, les pouvoirs de l’Etat n’arrivent jamais à s’affirmer équitabelement. Après les événements des 2 et 3 février 2008, la série noire des habitants des quartiers de la capitale commence par le déguerpissement, l’expropriation, la spoliation, le morcellement des parcelles des citoyens ordinaires, sous la coupe de la vénérée maire de N’Djaména. Le zèle mis à contribution dépasse les bornes. La mairie, n’hésite pas à brutaliser les victimes en larmes et en pleurs. Il est presque toujours et hélas que les déguerpis des classes ordinaires n’aient même pas le temps de plier leurs nattes. Les bulldozers rasent tout à la seconde et il est même interdit aux spoliés de squatters dans les environs, le temps de trouver refuge chez un parent ou de dénicher un abri de fortune au village. Cette pression inhumaine a été la cause de la mort subite de plusieurs paisibles citoyens lesquels ne pouvaient pas supporter la dureté de l’épreuve qui s’opposait à eux comme une catastrophe naturelle.
La géométrie variable
A l’inverse ; les « intouchables » n’habitent pas leurs propres maisons. Ils n’ont rien dépensé pour gagner leurs toits. Ils prennent les domaines de l’Etat en otage, les exploitent gracieusement. Ils y ouvrent boutiques et petits commerces, les font louer aux particuliers lesquels utilisent à fond l’eau et l’électricité aux frais de l’Etat, sans être inquiété depuis des décennies. Les enfants nés dans ces maisons confisquées depuis 1982, par exemple, auront bientôt trente ans. Ils finissent par croire que les villas qu’occupent leurs parents sont leurs propriétés. C’est pourquoi, certains ne lésient pas sur les moyens pour déformer, transformer et adapter l’architecture initiale des villas publiques, pour les accomoder à la taille de leurs familles respectives, après le mariage du cousin, dès l’arrivée dun oncle, à l’annonce du retour du frère rebellé ou mercenaire. Les services de l’Etat sont régulièrement annihilés au profit de cette classe de citoyens, parfois sur recommandation spéciale des autorités des la Républiques, pour certainement faire plaisir ou attirer les amitités des prochains locataires. Ce fut le cas, malhreusement le cas de l’ancien siège du Bureau Tchadien du Droit d’Auteur (BUTDRA) aux environs du Ministère des Finances et du Budget arraché dans des circonstances revoltantes. Même l’actuel siège du BUTDRA de Sabangali, côté ouest de Tamoil Sabangali, est presque mensuellement menacé d’être occupé par des hommes en treillis. Un beau matin, la sentinelle du BUTDRA était sommée de plier les effets des bureaux, en l’absence des responsables des lieux, pour libérer la villa à un général. Un autre général plus modéré est intervenu pour calmer la fougue de son frère d’arme.
Deux poids, deux mesures
Généralement, les autorités compétentes n’accordent pas un second moratoire aux autres habitants dont les maisons sont sur la ligne de mire. Plus d’une fois, les « intouchables » sont sommés de quiter les villas, mais presque toujours, les décisons sont attermoyées. Une date est fixée et aussitôt ignorée, soit parce que les bruits de bottes ont repris, soit parce que certains occupants des villas de l’Etat sont des élements clés dans le maintien des troupes sur les différents fronts militaires.
Aujourd’hui, la donne a certainement changé. La fougue perpétuelle des mercenaires a cédé place aux négociations et a favorisé leur retour au bercail. Par ailleurs, les heures de vérité républicaines s’annoncent : les éléctions de 2010 se préparent à tous les niveaux, même dans le délogement forcé des intouchables dont la présence anarchique fruste les autres citoyens déguerpis de force, sans sursis. D’ailleurs, beaucoup de ceux qui ont fait les frais des déguerpissements ont puremenet et simpelment refusé de se faire recenser, s’estimant banni ou lésé par l’Etat.
Le soulagement des autres citoyens
Une habitante du quartier Sabangali ne s’était pas empêchée de lancer un ouf de soulagement au lendemain du départ des « intouchables » : « ils sont enfin partis » ! Non seulement la présence des occupants des villas frsutent les autres citoyens qui triment à longueur des journées pour payer leur loyer, mais elle est une source d’insécurité dans els quartiers environnants où les « intouchables » font la pluie et le beau temps. Un petit incident ou accident suffit pour que le quartier soit pris en otage. Tirs en l’air, coups et blessures, brutalités sous le nez et la barbe des forces de l’ordre. Cest pourquoi, les villas occupées sont habilement évitées dès la tombée de la nuit.
Le hic de tout ce laxisme est incongru. Des invidus obligent l’Etat à louer des bureaux dans les quartiers populaires, pour loger ses services, faute de bâtiments. Cette décision de déparasiter les biens de l’Etat est à saluer quelle qu’en soit la visée (politique ou mercantiliste). Ce faisant, l’Etat assume son plein pouvoir et prouve sa capacité à faire régner l’ordre dans un pays qui se veut démocratique et répulicain.
Bianzeu Foba Paul
