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Tchad: Si notre Assemblée pouvait se demarquer du MPS?

Accusation de fraude contre Tagro: la bataille se déporte entre Koulibaly et Gbagbo •La machine électorale du chef de l’Etat à l’épreuve de la cohésion

Il ne s’agit plus, à l’analyse, d’une simple querelle entre deux personnalités du même camp, notamment Désiré Asségnini Tagro et Mamadou Koulibaly, dans ce qu’il convient d’appeler « l’affaire Tagro ». Non plus d’une stratégie politique qu’on prête bien souvent au camp présidentiel, et qui aurait pour objectif de retarder l’échéance électorale. Mais il s’agit, désormais, d’une affaire d’Etat, une bataille, pour l’instant larvée, entre la première et la deuxième personnalité de la République de Côte d’Ivoire.

A savoir le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo et le président du Parlement, Mamadou Koulibaly. La guéguerre s’est donc corsée au fil du temps, se déportant ainsi entre ces deux hautes personnalités de l’Etat ivoirien. Un solide bras de fer entre Gbagbo et son N°2, autour de la personne de Tagro. Koulibaly veut casser le ministre de l’Intérieur, et il s’oppose au chef de l’Etat dans cette initiative. Gbagbo voit en effet en Tagro tout un symbole (négociateur de l’Apo pour la sortie de crise en Côte d’Ivoire) qu’il n’entend pas lâcher. ‘’ Tagro n’est pas un voleur et je lui conserve ma confiance ‘’, aurait-il confié à des proches, selon l’hebdomadaire Jeune Afrique. Et d’ajouter : « Koulibaly, je croyais bien le connaître mais je me suis trompé ». Des propos pleins de sens, qui indiquent clairement que le chef de l’Etat va croiser le fer avec le président de l’Assemblée nationale.

Selon des sources, le président Gbagbo prend très au sérieux cette affaire. Il perçoit dans l’attitude de Koulibaly une défiance de son autorité, surtout à la suite de l’appel à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire, réclamée plus tard par des députés, pour faire la lumière sur les cas de fraude dénoncés. Certes, le chef de l’Etat est l’initiateur de la moralisation de la vie publique en Côte d’Ivoire à travers l’enquête dans la filière café-cacao, mais il n’aurait pas du tout apprécié l’attitude du 3è vice-président du Fpi. ‘’ Lorsqu’on dit que l’accord de Ouagadougou a échoué, qu’on ait le courage de dire que Gbagbo a échoué. C’est notre accord, son échec est donc notre échec ‘’, aurait martelé le président de la République dans un cercle fermé, faisant ainsi allusion à la déclaration de Koulibaly sur l’Apo. L’attachement du père de la refondation à l’accord politique de Ouagadougou ne fait aucun doute. ‘’ Gbagbo a accepté de s’asseoir avec son pire ennemi, à savoir le chef de la rébellion pour signer cet accord. Il a avalé des couleuvres, ce ne sont pas des vers de terre qui vont l’effrayer ‘’, a souligné un député du Fpi, pour montrer la détermination du chef de l’Etat à soutenir son accord, et donc Désiré Tagro qui en est le négociateur principal pour le camp présidentiel. De son côté, Mamadou Koulibaly ne veut pas se laisser faire. Il ne manque plus d’occasion pour expliquer et s’expliquer à la suite de ses accusations. ‘’ Il faut qu’on voit clair dans certaines affaires ‘’, a-t-il dit le vendredi 25 juin dernier, après son audition par le procureur Tchimou.

Hier mardi 29 juin encore, à l’Assemblée nationale, à l’issue de la séance de travail portant sur la mise en place de la commission d’enquête parlementaire, Koulibaly a encore parlé. ‘’ Je triche, je vole, je mens. Ce n’est pas parce que je suis pourri que je dois me contenter de vivre dans la pourriture ‘’, a-t-il déclaré, pour dire son engagement à poursuivre sa lutte. Certains de ses proches confirment cette position, soulignant ‘’ qu’il est intraitable sur le sujet ‘’. La bataille est donc ouverte. Le hic cependant, c’est qu’elle fait déjà et va faire encore plus de mal à La Majorité Présidentielle (LMP), le groupement de partis politiques qui parrainent la candidature de Laurent Gbagbo à la présidentielle.

LMP à l’épreuve de la cohésion

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les déclarations du président de l’Assemblée nationale mettent La Majorité Présidentielle (Fpi et 9 partis politiques), la machine électorale de Laurent Gbagbo, à rude épreuve. Celle de la cohésion et l’union avant d’aborder les échéances électorales. Il reste évident que le professeur Koulibaly a des soutiens dans ce qu’il a engagé comme bataille. Tous les cadres du Fpi et du camp présidentiel qui ne portent pas Tagro dans le cœur, trouvent que le député de Koumassi ‘’ est un éclaireur ‘’ et qu’il devrait continuer. Les anti-Koulibaly ou les pro-Tagro ne sont pas de cet avis. Ces derniers pensent que le président de l’Assemblée nationale se donne ‘’ des airs de personnalité trop libre dans un parti où il faut obéir à une discipline ‘’.

Il devrait donc se plier à la discipline du parti. Le mal est donc profond, la division aussi, au sein de l’équipe de Laurent Gbagbo. Dans cette bataille qui est engagée sous les yeux des Ivoiriens, il y aura un vainqueur et un vaincu. Au final, chaque protagoniste ira avec un morceau du camp présidentiel, et on pourrait se retrouver avec des pro-Koulibaly et des pro-Gbagbo.

* Le titre est de Tchadforum.com
par Hamadou ZIAO

L'Inter