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PASSE D’ARMES ENTRE ETO’O ET MILLA

La guerre des générations.
Dans moins de 10 jours, la planète entière aura les yeux tournés vers l’Afrique du Sud où débutera, et pour un mois plein, la 19e Coupe du monde de football. Chacune des 32 équipes qualifiées est en train donc de se préparer pour faire une prestation honorable à cette fête du football qui a lieu pour la première fois en Afrique. L’heure est aux regroupements et aux matchs amicaux pour être bien en jambe. La concentration et la sérénité sont de rigueur au sein des équipes qualifiées et on n’a pas besoin d’être un spécialiste de la préparation des équipes pour savoir que toute perturbation psychologique est à éviter absolument. Pourtant, c’est le moment choisi par l’ex-international camerounais, Roger Milla, pour tancer vertement Samuel Eto’o fils, son compatriote et joueur professionnel qui évolue actuellement sous les couleurs de l’Inter de Milan. Pour l’ancien international, son jeune frère ne mouille pas assez le maillot en équipe nationale comme il le fait dans son club italien. Blessé dans son amour-propre, le cadet a répondu du tac au tac à l’aîné en disant que participer à un quart de finale de coupe du monde (stade auquel Milla a eu la chance d’arriver une fois avec l’équipe nationale) n’est pas la même chose que gagner une coupe

En d’autres termes, le grand frère n’a pas plus apporté à l’équipe nationale que lui ou tout autre joueur camerounais pour se permettre de taxer les autres de fainéants, de partisans du service minimum. Furieux - voire découragé par une telle critique - Samuel Eto’o fils a envisagé un moment de ne pas participer au Mondial avant de se raviser au grand bonheur des supporters de l’équipe nationale du Cameroun mais aussi de ses nombreux fans. Certes, Milla a essayé par la suite de préciser sa pensée en jouant balle à terre, mais le mal a déjà été fait. Il a réussi à perturber la préparation du joueur vedette mais également de l’équipe nationale dont le sélectionneur Paul Le Guen avait été pris à parti auparavant par le même Milla pour le choix des joueurs. On ne dit pas que Samuel Eto’o et Paul Le Guen sont la perfection incarnée. En tant qu’humains, ils ont des défauts. Mais le moment choisi pour relever ces défauts est tout simplement inopportun. Où était le vieux Lion indomptable depuis la qualification du Cameroun pour ne surgir qu’en moins d’une semaine et commencer à distribuer de mauvais points ? La critique de service minimum des joueurs professionnels dans les équipes nationales qu’il a faite à l’encontre de l’Eto’o fils n’est pas nouvelle. La plupart des pros, qu’il s’agisse de Didier Drogba ou de Adebayor, sont reprochés de ne pas se donner à fond quand ils jouent en équipe nationale. Mais avec la proximité du Mondial, cette critique est tue sur les professionnels des autres pays qualifiés. Elle rejaillira peut-être après et en cas de mauvaise prestation des équipes de ces pays. Alors pourquoi Roger Milla, en personne avertie, a-t-il agi ainsi ?

La sortie du vieux lion peut aussi s’expliquer par une raison à chercher hors du terrain de football. Aujourd’hui, Eto’o est un joueur talentueux et fortuné. Milla l’a été à un moment donné de sa vie mais pas autant, pensons-nous. Cela peut créer des frustrations de voir que des joueurs qui ne se sont pas donnés autant que leurs aînés roulent carrosse. Une guerre de générations naît ainsi entre petits et grands frères ; les seconds trouvant que les premiers n’ont aucun talent même s’ils sont grassement payés. Il n’y a pas qu’en football qu’il peut y avoir ce conflit de générations ; il existe également dans d’autres domaines. Et ses effets sont nuisibles car engendrant des cloisonnements, générationnels qui privent la plupart du temps les jeunes de l’expérience des vieux. Cette guerre est donc à combattre. Si Milla a des critiques à faire, pas forcément à Eto’o, mais à n’importe quel jeune professionnel, il doit savoir choisir la manière et le moment. Le but visé qui est sans aucun doute, le bien peut ne pas être atteint et l’effet boomerang est forcément désagréable pour celui qui voulait jouer les sages.

Séni DABO
mercredi 2 juin 2010, page visitée 3 fois

http://www.lepays.bf/spip.php?article1208