Il y a quelques décennies, le Tchad était présenté comme un " pays enclavé au sous-sol très pauvre ". Les faits viennent démentir ce pessimisme. Le sous-sol tchadien est riche : après le pétrole, le pays s’apprête à exploiter son or, son uranium, …
Le secteur minier tchadien est très peu développé. Bien que dans les années 1950, certaines sources aient déjà fait état de l’existence d’un potentiel minier, ce n’est qu’au début des années 1970 que commencèrent les recherches minières au Tchad sur financement du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).
Ces recherches ont permis de mettre en évidence l’existence d’indices d’or et de métaux de base dans la région du Mayo-Kebbi, du Sila et dans le Guéra. Quant à l’uranium, les forages (en tout 19) effectués en 1978 et 1979 par des experts de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) ont permis d’en découvrir des indices dans le Mayo-Kebbi Ouest. L’existence de l’uranium est également signalée dans le Tibesti, le Ouaddaï et le Guéra.
L’incitation des institutions de Bretton Woods
Ce qui suivra s’inscrira dans un contexte international bien défini. En effet, dans les années 1980, les institutions de Breton Woods incitèrent les pays africains à opérer un retrait progressif des Etats de l’activité économique au profit des intérêts privés qui furent bien souvent étrangers. Au début des années 90, la Banque mondiale identifia le secteur minier comme pouvant contribuer de manière significative au développement des pays d’Afrique. Et, le meilleur moyen d’y parvenir était, entre autres, la mise en place de cadres législatifs et réglementaires favorables à l’investissement privé. Le motif était que le développement du secteur minier contribuera à améliorer la situation économique des pays grâce aux revenus de taxation et à l’apport de devises étrangères.
C’est dans ce contexte qu’en 1995, alors que les populations tchadiennes, les organisations de la société civile du Tchad et les ONG internationales actives au Tchad cherchaient à s’informer sur le projet pétrole de Doba et le contenu de la convention signée entre le consortium et le Tchad, des changements importants interviennent. En juin, la loi 011/PR/1995 du 20 juin 1995 portant Code minier est rendue publique. Elle abroge l´ordonnance n° 03/PR/TP du 25 avril 1970 portant Code minier. Du 26 au 30 novembre 1995, le Tchad organise, à N’Djaména, les Journées internationales de la promotion minière au Tchad (JIPROMIT).
Une succession de sociétés multinationales
Suite à ces Journées, de nombreuses entreprises s’intéressent aux richesses du sous-sol tchadien et soumettent à l’Etat tchadien des demandes de permis. Afko Corea Ltd (une entreprise coréenne) obtient des permis d’exploration de l´or dans la zone de Gamboké (Mayo-Kebbi Ouest). Dans l’accord, il était prévu que cette entreprise installe une usine pilote de traitement de l’or à Gamboké. Elle trouve par la suite que cette solution n’était pas la bonne et elle pliera bagage. INMET (une entreprise minière canadienne) bénéficia également d’un permis d’exploration mais, se retirera par la suite à cause de la baisse du cours de l’or et aussi à cause d’un scandale qui secoua le secteur minier canadien .
D’autres entreprises s’intéressèrent particulièrement à l’uranium. Parmi celles-ci, il y a les anglo-saxonnes Brinkley, Junction, Zodiak, Lyndhurish, Al-Bedey et le consortium Tapt-Itoi ; les Sud africaines Blue Marine Global et Uramin.
La première entreprise à se voir accorder un permis est Uramin (2006). Elle conservera son permis jusqu’à son départ du Tchad. Ce sera sur le Net que les autorités tchadiennes se rendront compte du rachat par Areva, une entreprise française, du permis de Uramin. Un représentant de Areva effectuera le voyage de N’Djaména pour faire part aux autorités tchadiennes de la cession de permis intervenue entre les deux entreprises. Pour les autorités tchadiennes cet acte posé n’est rien d’autre qu’une rupture unilatérale du contrat liant le Tchad et Uramin. Mais, la porte demeure ouverte. "Areva est libre de négocier un nouveau permis qui fera l’objet d’une nouvelle signature. Le Tchad est intéressé mais, pas à n’importe quelle condition", dira un responsable du ministère tchadien des Mines et de la Géologie. Cependant, au regard des prétentions actuelles de cette entreprise et de l´excellence des relations entre le Tchad et la France, un retour n’est pas à exclure si l’on se réfère à la première tentative qui a échoué et aux propos du ministre sortant des Mines. Lors de l’entretien qu’il nous a accordé, celui-ci a déclaré que des discussions sont en cours avec des compagnies minières en vue de l´octroi de permis d´exploration.
C’est également en 2006 que Blue Marine Global (BMG), a demandé et obtenu un permis de prospection. La même année, un autre acteur a demandé et également acquis un permis de pros-pection. C’est Signet Mining Services (SMS). Dans un article intitulé "Sudan and Natural resources : The connections that nobody is talking about " (le Soudan et les ressources naturelles : les relations dont personne ne parle), David Barouski souligne que c’est Blue Marine Global ltd qui aurait eu le permis. Blue Marine Global serait une filiale de SMS qui a, à son tour, créé la filiale tchadienne Chad Mining Services (CMS). SMS est une entreprise minière immatriculée à Gibraltar. Elle est active en Afrique depuis 2005 et mène des activités d’exploration d’uranium au Tchad et au Niger, en Afrique du Sud et au Mozambique. Elle n’a jamais exploité une mine d’uranium. Dans nos recherches, on ne trouve pas d’informations sur Blue Marine Global. Nous pouvons donc dire que, pour le moment c’est bien SMS avec sa filiale CMS qui détient le permis.
Naygotimti Bambé
CEFOD
