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LETTRE OUVERTE A SON EXCELLENCE MONSIEUR BLAISE COMPAORE, PRESIDENT DU FASO

LE CRI DU CŒUR D’UN SERVITEUR DE L’ETAT DESESPERE.*

"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Un véritable cri de cœur que cette lettre ouverte de monsieur SAVADOGO Jean Baptiste, Administrateur des services financiers en service au ministère de l’Economie et des finances, à son Excellence le Président du Faso. Il demande avec force détails le paiement de droits salariaux et autres dommages et intérêts. A travers ces lignes, il dévoile les dessous d’une affaire qui risque de faire tâche d’huile dans les jours à venir. Lisez plutôt !

« Excellence Monsieur le Président du Faso,

Vous avez toujours réclamé l’application pleine et entière de la justice dans notre pays partout où cela est nécessaire. Vous avez aussi soutenu à maintes reprises que tous les enfants du Burkina Faso sont égaux devant la loi ! Parole d’un homme sous serment et de surcroît Président du Conseil Supérieur de la Magistrature du Burkina Faso!

C’est fort de cet attachement de votre Excellence au droit, à la justice et au respect de la vie pour tous, que nous vous saisissons de façon publique d’un problème qui nous assaille depuis plusieurs mois déjà!

Dans l’exercice de nos fonctions de gestionnaire de ressources publiques, nous avons été injustement accusés de malversations financières et relevés de nos fonctions sans ménagements pour cela !

Aussi pour rétablir la vérité, nous avons demandé et obtenu de notre ministre de tutelle d’alors l’audit des comptes de notre gestion par une structure publique de contrôle indépendante, à savoir l’inspection générale des finances de notre ministère.

A l’issue des travaux d’inspection, le rapport d’audit fait état d’un détournement colossal de fonds publics dont la première tranche s’élève à plus de 381 millions de nos francs (381.000.000 F CFA). Les principaux responsables de cette honteuse malversation sont le Coordonnateur du projet «Etude du schéma national d’aménagement du territoire » (SNAT) et le Directeur général de l’aménagement du territoire.

Et voilà nos problèmes !

Nous n’avons pas détourné des fonds publics à notre profit personnel, mais mes chefs hiérarchiques épinglés par le rapport d’audit ont réussi à retourner mon ministre de tutelle contre moi !

En revendiquant l’audit de nos comptes, nous tenions à la vérité des chiffres car depuis près de trente (30) ans de services, l’idée de voler des ressources publiques pour notre profit personnel ne nous a jamais traversé l’esprit ! Nous sommes pauvre, certes, mais nous sommes attachés à la loyauté, à la dignité et à la justice dans l’exercice de nos fonctions!

Que celui qui a commis des fautes dans l’exercice de ses fonctions, ait le courage d’assumer ses responsabilités plutôt que de chercher un bouc émissaire pour porter sa responsabilité en ses lieux et place!

Après la publication du rapport d’audit de l’Inspection générale des finances, le ministre chargé des Finances, par lettre n° 2009/073/MEF/CAB en date du 12/01/2009 condamne d’abord les détournements crapuleux et donne des instructions claires pour que le préjudice causé à l’Etat burkinabè soit réparé dans les meilleurs délais.

La volte face du ministre chargé des Finances :

Une personne influente bien placée entre en jeu en restant dans l’ombre !

En effet, le ministre de l’Economie et des finances condamne d’abord ces vols dans un premier temps par sa lettre citée plus haut et dans un second temps et pour des raisons incompréhensibles au regard de ses fonctions, le même ministre s’en prend à nous en nous accusant de dénonciations des malversations révélées par les travaux d’audit.

Monsieur le ministre des Finances, pour dénoncer quelque chose, il faut d’abord savoir l’existence de cette chose ! Nous avons été le premier surpris par les conclusions des travaux d’audit !

Nous avons été débarqués de nos fonctions sans ménagements depuis près d’un an, et il parle de dénonciations !

Nous avons voulu que les conclusions de l’auditeur privé qui nous chargeaient et qui nous a coûté notre poste soient vérifiées et cela de droit !

Sans même nous entendre et à la demande de ce directeur général, nous sommes suspendu de nos fonctions pour « abandon de poste » depuis le mois de septembre 2009 avec le service d’un demi salaire sans indemnités.

Le mensonge est établi, nous n’avons jamais abandonné notre poste ! Aussi depuis lors, chaque fin de mois, nous ne touchons aucun centime de notre salaire oubliant que nous sommes père de famille comme lui.

Mes supérieurs hiérarchiques immédiats qui voulaient malhonnêtement nous faire porter le poids de leurs propres malversations et qui ont été épinglés par les conclusions des travaux d’audit, se sont jurés d’avoir notre tête.

Au mois de février 2009, nous avons échappé à une tentative d’assassinat aux alentours de notre service et par la grâce de Dieu, nous avons échappé à cette fusillade au pistolet.

Le lendemain, nous venons demander audience à notre ministre de tutelle pour lui rendre compte de ce que nous venons de vivre. En vain !

Le Ministre des Finances est absolument inaccessible pour des agents comme nous. Il n’a pas le temps d’écouter des agents menacés d’assassinat dans leur service ! Aussi, refuse t- il de nous recevoir à la demande de qui on sait, la personne influente évoquée plus haut et les voleurs démasqués.

Depuis, nous évitons donc de rester longtemps au service et le même ministre nous traduit en conseil de discipline pour « abandon de poste ».

Excellence, monsieur le Président du Faso,

L’abandon de poste est un mensonge grossier et une machination administrative. Le ministre des finances qui a retourné sa veste, veut notre tête et il cherche désespérément un alibi non lié au fait que nous avons permis la mise à nu des malversations administratives et financières opérées par des faux et pitoyables responsables administratifs qui sont mes chefs hiérarchiques. Nous sommes là au service et des communiqués radiophoniques intempestifs du directeur général nous demandent de rejoindre le service sous soixante douze (72) heures.

En vérité, le ministre des finances, qui ne se préoccupe pas des menaces de mort portant sur la vie d’un agent en refusant de me recevoir, voulait nous obliger à prendre le risque calculé de nous faire descendre par les criminels au service et le tour était joué !

Le même ministre instrumentalise le conseil de discipline du ministère contre nous et sans aucune preuve en dehors des écrits multiples et mensongers du directeur général voleur, il décide de nous abaisser d’échelon !

Le conseil de discipline du ministère des Finances, s’il était conséquent avec lui même, dès lors qu’il est informé de l’existence d’un rapport d’audit faisant état de détournements de fonds publics, se devait logiquement de se saisir du rapport et de traiter tout le dossier ! Il est resté plutôt muet comme une carpe sur la question des détournements de 381.000.000 de fonds publics commis par des agents protégés en haut lieu!

Pour nous, une autorité publique est fière et fiable, digne, honnête, loyale, juste et surtout accrochée contre vents et marées au service de l’intérêt public réel de son pays !

Fatigué et marginalisé dans notre ministère nous faisons une lettre ouverte à monsieur le Premier Ministre le 12 Octobre 2009 et nous présentons les faits !
Après cette publication des faits, le ministre des finances signe difficilement un arrêté le 1er novembre 2009 qui lève la suspension qui nous frappe depuis bientôt huit (8) mois.

Mais en sous main avec ses services techniques qui devaient traiter l’incidence financière de l’arrêté, il fait en sorte que le salaire ne soit pas rétabli totalement et que les retenues opérées injustement du fait de cette suspension se poursuivent et ne puissent pas nous être remboursées.

Ainsi, par exemple, les indemnités attachées à notre corps de métier ne nous sont pas payées.

De même les avancements de l’année 2006 ont été constatés financièrement au mois de décembre 2009 pour les autres agents du ministère des Finances. Pour notre cas, cette constatation financière a été écartée jusqu’à ce jour. ! Interpellés par nous à plusieurs reprises, les services techniques disent attendre des instructions du ministre des finances.

Ainsi, depuis le mois de septembre à ce jour, nous ne percevons pas un centime sur notre salaire en fin de mois !

Que me reproche le Ministre des Finances?

«Vous avez dénoncé des détournements et je n’aime pas les dénonciations !» répond-il.

Cette phrase du ministre chargé des finances publiques est en lui même une calamité !

Une seule question traverse notre esprit : « Quel est le rôle premier d’un ministre chargé des Finances Publiques ? ». Quel est le rôle du gardien des caisses de l’Etat en l’an 2010 ?

On cherche plutôt à déplacer le problème, à l’étouffer de l’intérieur du ministère pour que ces « dignitaires » ne soient pas inquiétés et que le peuple burkinabè ne puisse pas un jour réclamer ce qu’on lui a volé!

Si ces vols avaient été commis à son domicile par les mêmes personnes, monsieur le ministre des finances aurait-il eu le même comportement ? Assurément, non ! Alors, respectons le bien commun !

Nous pensons que si nous aimons tous notre pays, alors il ne mérite pas de tels responsables et encore moins de tels comportements de nos autorités!

On recherche vainement des fautes professionnelles pour prononcer notre licenciement de la Fonction publique et cela sans aucun état d’âme !

Il y a combien de cas de vols ouverts de fonds publics comme ça au ministère des finances à ce jour? On est en droit d’être inquiet !

Excellence Monsieur le Président du Faso,

Nous voilà bientôt avec trente (30) ans de services effectifs. Nous refusons de tromper notre patrie ! Nous essayons d’être juste, digne et intègre dans l’exercice de nos fonctions ! Si nous devons perdre notre emploi et notre vie pour ça, nous sommes partant !

Preuve d’injustice du ministre des finances :

Le traitement de ce dossier de détournements est très suspect !

Comment respecter un ministre qui signe des sanctions et vous prive du salaire pendant huit (8) mois sur la base de fautes administratives inventées et qui de surcroît renie sa propre signature ? Comment croire en une autorité gardienne des fonds de l’Etat qui « n’aime pas les dénonciations ! »

Le ministre ne joue pas son rôle de gardien des ressources publiques.

En effet, les fautifs sont toujours là à leurs postes respectifs depuis plus d’un an et continuent leur musique de plus belle ! Ils narguent même tout le monde puisque le ministre chargé des finances publiques leur voue un gros respect très suspect!

C’est donc ça le Burkina Faso de l’an 2010?

Les fautifs demandent des sanctions contre moi et le même ministre s’exécute !

Pire, c’est celui là par qui le vol est découvert qui est maltraité avec à ce jour huit (8) mois sans salaire. Les voleurs eux sont promus, maintenus à leurs postes et décorés doublement de la médaille de chevalier de l’ordre du mérite national et touchent régulièrement leur salaire en fin de mois et ils ne sont même pas inquiétés !

Qui est derrière cette sale et honteuse opération et qui leur tire la couverture de la corruption et de l’impunité tout en restant dans l’ombre?

Voilà notre « quête permanente de l’excellence » ! Nos vociférations publiques sur la transparence dans la gestion des ressources publiques se résument donc sur le terrain à ça !

Pour nous, voler un bien public, c’est avoir en réalité une haine pour son pays et son peuple. Voir ces fautifs bénéficier d’un assourdissant silence coupable de la hiérarchie apparaît comme une calamité !

Pour nous, décider de détourner les fonds publics, c’est vouloir se faire justice parce qu’on n’est pas d’accord avec la situation ambiante ! C’est manquer de considération pour le bien commun et la réglementation nationale que tout le monde se devait de respecter et protéger.

Tout se passe à ce jour comme si rejeter le vol, les malversations et autres compromissions est une faute punie par une loi non écrite !

Notre cas veut dire, tu ne veux pas voler, alors tu mourras de faim puisque c’est une loi non écrite au Burkina Faso! C’est un sport de masse, semble- t- on me dire !

En effet, nous sommes à huit (8) mois sans salaire !

Excellence monsieur le Président du Faso,

Nous sollicitons votre intervention pour que nos autorités de tutelle nous versent nos droits salariaux et autres dommages et intérêts puisque ces autorités ont eux-mêmes reconnu par écrit que notre remplacement au projet a été irrégulier sur tous les plans !

Force doit rester à la loi !

Veuillez agréer Excellence, l’expression de notre profond respect et de notre foi au Burkina Faso et à ses lois.

Monsieur SAVADOGO Jean Baptiste

Ampliation : Monsieur le Premier Ministre »

*le titre est de la rédaction

San Finna N°563 du 19 au 25 Avril 2010