Droits de l’homme sans frontière (DHSF) a pris l’initiative, d’analyser le discours programme du nouveau Premier ministre Emmanuel Nadingar. Intéressée par le suivi de la mise en œuvre de ce programme, DHSF attire l’attention du gouvernement sur des questions plus importantes de l’heure, prises en compte ou pas dans ses priorités. Ces questions concernent entre autres les conflits éleveurs/agriculteurs, l’insécurité à l’intérieur du territoire national, la démilitarisation de l’administration et le maintien de la décision du ministère de l’Intérieur interdisant les motos taxis à circuler à travers la ville de N’Djaména. Par Hibert Bénadji, journaliste de la Voix.
En déclarant, dans son discours programme, que son gouvernement est conscient que les populations tchadiennes attendent de lui des solutions tout aussi idoines qu’immédiates à un certain nombre de problèmes auxquels elles sont confrontées, DHSF estime que le Premier ministre a mis «au moins le doigt sur la plaie et il ne reste qu’à lier l’acte à la parole».
Pour les conflits éleveurs/agriculteurs, l’organisation de défense des droits de l’homme trouve qu’ils sont entretenus par certaines autorités administratives et militaires. «Le discours a peut-être pris cette question en compte dans un grand ensemble de problèmes à résoudre, mais nous souhaitons qu’elle soit mise en relief afin de bénéficier d’une attention particulière», plaide DHSF.
Sur la question de l’insécurité, cette association évoque le phénomène du rançonnement des enfants dans certaines régions du pays et le comportement des agents de commandement qui animent des foyers de coupeurs de route. Elle cite l’exemple d’un sous-préfet dans une localité de la Tandjilé Est, pris dans un réseau de vol de bétail, et celui du préfet du Lac Léré «plusieurs fois dénoncé par la population à cause de son implication dans un réseau transfrontalier de rançonneurs d’enfants, suspendu de ses fonctions en août 2009 par une mission d’enquête». Ainsi, DHSF demande au gouvernement la mise en œuvre effective des dispositions de l’accord politique du 13 août 2007 intervenu entre le pouvoir et l’opposition démocratique, relatives à la démilitarisation et la dépolitisation de l’administration du territoire.
DHSF note à la suite de son plaidoyer que la décision du ministre de l’Intérieur d’interdire les motos taxi à circuler à travers le pays (levée à l’exception de la ville de N’Djaména) est «une décision irréfléchie qui ignore les réalités de ce pays». Par ailleurs, elle félicite le gouvernement pour les opérations de désarment entamées depuis quelque temps mais attire son attention sur les brutalités et abus exercés sur la population civile par les militaires chargés de mener ces opérations. Elle souhaite que le désarmement soit général et sincère, sur la base du respect des droits de l’homme.
Estimant en outre, que les services de l’Etat lui ont chipé, pour des raisons que l’on ignore, le projet relatif à la création de la Maison des droits de l’homme, le président de Droits de l’homme sans frontières, Daniel Deuzoumbé Passalet, menace de poursuivre le ministère de tutelle. Les travaux de construction d’une maison des droits de l’homme viennent de commencer, mais Daniel Deuzoumbé continue à revendiquer la paternité dudit projet. Il en informe ainsi le Premier et sollicite son arbitrage afin de trouver un compromis avec le ministre Abdéramane Djasnabaille. Un compromis, à défaut d’avoir la direction, permettrait au moins à son association d’être associée à la mise en œuvre du projet, cause d’une guerre d’usure ouvertement engagée. Sans le compromis souhaité, l’association entend donc saisir la Justice.
Hubert Bénadji
LaVoix
