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Le mirage de la souverainete alimentaire

La XVème Conférence du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel a eu lieu. Elle a regroupé des chefs d’Etat et les représentants des 9 pays sahéliens qui ont planché sur les thèmes de la "maîtrise de l’eau" et "comment faire reculer la faim au Sahel". Eau et faim : deux maîtres mots qui valent assurément leur pesant d’or dans cette zone du monde où manquer du liquide précieux est aussi dramatique que manquer de nourriture. Et ce, pour des milliers, sinon des millions d’âmes qui peuplent cette zone africaine.

Déjà, en 2006, ce même CILSS trouvait que "la maîtrise de l’eau est la clé du problème sahélien parce que cette région souffre moins d’un manque de disponibilité absolue de la ressource en eau que de sa mauvaise distribution dans le temps et dans l’espace, et de la grande imprévisibilité dans cette distribution". Fort justement. Les inondations de septembre 2009 qui ont ravagé un certain nombre de ces pays sahéliens ne le confirme que trop bien. La justesse de ces propos se vérifie également dans la coïncidence que ce sommet du CILSS se tient au moment même où les éleveurs ouest-africains, trois jours avant son ouverture, ont lancé un véritable cri de détresse pour alerter les différents gouvernements face à la faim et la sécheresse qui menacent les hommes et leur bétail dans la zone sahélienne.

Il faut savoir rendre hommage à cette organisation du CILSS qui a régulièrement prédit, averti et anticipé, dans sa lutte contre la sécheresse au Sahel. Régulièrement au four et au moulin, elle a joué son rôle de sonneur d’alarme et de guetteur fidèle. Sa responsabilité s’est d’ailleurs accrue ces dernières années où même dans nos régions, on ne parle plus que de dérèglements climatiques et de leurs kyrielles de conséquences négatives dans une zone où l’agriculture pluviale occupe pas moins de 78% de la population.

Ainsi donc, les chefs d’Etats ou leurs représentants se seront réunis. Ils auront beaucoup discuté et auront pris des résolutions. Reste à savoir si l’essentiel y aura été trouvé et si oui, à quand le commencement d’application desdites résolutions. Car, enfin, il est dramatique, il faut en convenir qu’au moment où l’on annonce en grande pompe la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de bon nombre de pays africains, dans la zone sahélienne, on en soit à toujours crier famine, de manière récurrente. Il est tout simplement scandaleux que la plupart des pays qui peuplent cette région du monde en soit toujours à devoir tendre la sébile pour quémander la pitance.

Car, il faut le reconnaître, l’auto suffisance alimentaire y est jusqu’à présent aussi utopique qu’une vue de l’esprit. Et pourtant. Ventre affamé qui s’oblige à la mendicité se voue par le fait même à perdre quelque peu de sa dignité. A son corps défendant ou non. Il n’y a pa lieu, à la vérité, de se faire un devoir d’accabler les dirigeants des pays sahéliens. Ils ne créent pas la pluie, ils n’inventent pas le beau temps. Soit. Ils ne sont pas maîtres du dérèglement climatique. Ici aussi, on le leur concède, fort justement. Mais il y aussi, qu’ils doivent être en mesure de mettre en route des politiques agricoles qui auraient pour objectif final cette fameuse auto suffisance alimentaire que tout le monde réclame et qui, si elle était un jour atteinte, serait la solution à bon nombre de difficultés que gèrent au quotidien des milions de personnes. Au Sahel, on a faim, on a soif. Et c’est chaque année que des populations ressentent dans leur chair les affres de ces calamités. Tout récemment, les nouvelles autorités de Niamey ont déclaré qu’au Niger, la quasi moitié de la population est exposée à des risques de famine. Dans d’autres pays de la sous- région, on se propose déjà d’avoir recours à des stocks de sécurité pour écarter le spectre de la disette.

Et le phénomène est récurrent. Quand y mettra-t-on fin, enfin ? L’argument fatal que l’on sert comme parade est que les Etats manquent de moyens pour parvenir à l’auto suffisance alimentaire de leurs populations. Et que pour cela, on a besoin de l’inévitable "aide extérfieure", une fois de plus. Et fort paradoxalement, on parade et on se pavane pour un demi siècle d’indépendance. Obsolète, indécent. Pour pauvres que soient les pays sahéliens, ils devraient avoir tout de même de quoi assurer le début du commencement d’une politique qui tende à la nécessaire auto suffisance alimentaire tant désirée.

Le dernier sommet de Copenhague a fini de faire la démonstration que les pays pauvres ne devront plus s’attendre à être pris en remorque par les Occidentaux. Quelque part, il faut se l’avouer, cela devra servir de déclic pour plus d’initiatives, plus de créativité et plus d’auto-assomption. La chose n’est pas plus mal. Il est impensable que les 9 pays du CILSS, si toutefois ils consentent à conjuguer leurs efforts, n’arrivent pas à mettre en place la bonne politique qui devrait les arracher des griffes d’une mendicité chronique qui finit par lasser celui qui donne autant qu’elle anéantit celui qui reçoit. Réduire la vulnérabilité structurelle commence aussi par là. Pourvu seulement que les chefs d’Etat le comprennent. Par les temps qui courent, ils sont presque tous si occupés à préparer la fête du demi-siècle des indépendances. Mais ils devront sans doute se souvenir aussi que ventre affamé ne connaît que servitude.

"Le Pays"