On le savait déjà. L’une des caractéristiques de l’opposition togolaise demeure sa ténacité. Du régime autoritaire de Gnassingbé père à celui, plus ou moins ouvert, de Gnassingbé fils, cette pugnacité a rarement fait défaut dans les actions des vis-à-vis du pouvoir. Et lorsqu’il s’agit de réclamations électorales, comme c’est souvent le cas, là, c’est la totale, comme qui dirait.
Souvenons-nous de 1998 : persuadée d’avoir remporté la présidentielle, l’opposition était parvenue à faire vaciller le régime fort de l’homme fort de l’époque, feu général Etienne Eyadéma Gnassingbé ; même si elle a tangué au milieu du bain de sang de plusieurs centaines de ses militants, il n’en demeure pas moins qu’elle a réussi à révéler à la communauté internationale la vraie nature du pouvoir d’alors que cachaient mal les couches de vernis démocratiques. Résultat : l’Union européenne avait fini par suspendre, une bonne décennie durant, sa coopération avec la Suisse de l’Afrique qui n’en est plus une.
2005 : rebelote. A un degré moindre sur l’échelle de la violence politique, l’actuel président, Faure Gnassingbé, accusé à son tour de fraudes électorales, a, lui aussi, dû jouer de la répression mais aussi de concessions, fussent-elles minimes, afin de régner en paix. Ce zapping dans l’histoire événementielle du Togo, pour rappeler l’indocilité des adversaires politiques de la dynastie Gnassingbé. Même si des défauts, ils nous en ont donné et nous en donnent à constater. Toute cela, on le savait, comme écrit plus haut. Par contre, ce qu’on ignorait jusque-là, c’est l’esprit inventif de cette opposition-là.
Après quelques manifestations de rue contre la réélection, le 4 mars 2010, de Faure Gnassingbé, candidat du parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), elle vient de changer son fusil d’épaule. La haute juridiction constitutionnelle a rejeté tous les recours en annulation ? Il en faut plus pour venir à bout de la détermination des militants de l’Union des forces de changement (UFC) à « restituer » la victoire à leur représentant, Jean-Pierre Fabre.
La justice togolaise est « aux ordres » ? Eurêka ! Celle de Dieu est immanente. Ainsi pourrait-on interpréter l’organisation, mercredi dernier au siège de l’UFC, de la veillée de prières pour porter, cette fois-ci dans le recueillement, la revendication de l’opposition. Une forme de protestation dont le côté saugrenu n’enlève rien à son aspect original. Car en Afrique, toutes les formes de lutte, ça nous connaît.
Les marches ? Ça nous connaît. Les sit-in ? Ça nous a usé les fonds de pantalons. Les grèves ? Nous en sommes finalement blasés. La grève de la faim sur un continent qui crève de faim ? Des gens s’y sont essayés avec le résultat qu’on sait. Sauf que, jusque-là, le berceau de l’humanité n’a pas atteint l’âge des bonzes s’immolant par le feu. Se transformer en torche humaine, sur une place publique, pour exprimer son ras-le-bol face à une situation donnée ? Une scène jamais connue de mémoire d’Africain.
Mais revenons à l’opposition togolaise pour nous demander si son mouvement de contestation n’est pas, en fin de compte, un combat d’arrière-garde. Ce n’est pas une sombre prophétie, encore moins de l’incitation à la résignation. Mais une interrogation qui procède de la triste réalité sous nos tropiques : le verdict du pouvoir est toujours celui des urnes et reste sans appel. Une constante politique à laquelle les prétendants à la magistrature suprême ne sont pas étrangers. De par leur incapacité pathologique et affligeante à s’entendre sur une base minimale pour affronter le candidat du parti au pouvoir.
Par Alain Saint Robespierre
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