Bonsoir ou bonjour, tonton Tandja. Tout dépend de l’heure à laquelle ma lettre franchira les portes de votre nouvelle résidence "privée" où je vous imagine à présent privé de tous les signes extérieurs du pouvoir et des honneurs auxquels vous teniez comme à vos grands boubous brodés et de classe. Dites-moi que je me trompe.
J’ai bien peur que durant ces premières nuits de solitude, un moustique se soit avisé de piquer votre précieuse peau de nabab. Mais pour qui se prend-il cet insecte de malheur qui ne sait pas qu’on ne touche pas à la peau d’un président, fût-il déchu ! Mais si vous n’avez pas entendu bourdonner le moindre moustique, vous ne saurez imaginer ma joie !
Cher tonton, rassurez-moi que vous avez au moins à votre disposition air conditionné, domestiques triés sur le volet, majordomes et décor dignes de votre rang. Car, dans ce cas, je souffrirai moins de savoir que vos ravisseurs vous ont réservé ne serait-ce qu’une mini présidence. Quant à l’autre présidence, celle pour laquelle vous aurez tant lutté pour ne jamais quitter, je crois que vous devriez y mettre un trait.
A quelque chose, tonton, malheur est bon comme on le dit. Vous auriez pu laisser votre peau dans cette présidence. Et ceux qui ne vous aiment pas, contrairement à moi, auraient dit de vous : "il voulait ne jamais tourner le dos à la présidence, à présent il y laissera son fantôme, et pour toujours".
Cher tonton, de la violence de l’attaque qui vous visait personnellement, j’en conclus que vous l’avez échappé belle ! Car, le pire aurait pu arriver et le Niger se serait sans nul doute passé de vous réserver des funérailles nationales.
Tonton, et tout ça pour le pouvoir ! Tout ça parce que vous aurez refusé de suivre mes conseils gratuits, contrairement à ceux de vos conseillers que vous "enfeuilliez" à coups de millions pour rien finalement. Contrairement à eux, moi je vous suppliais presque, de partir pendant qu’il était encore temps. Je vous disais que l’Histoire vous revaudrait ça. Mais bref, à présent que la messe est dite pour vous, je vous le dis franchement, cher tonton : vous avez été un sacré veinard ! Où se trouve en ce moment votre prédécesseur, Ibrahim Barré Maïnassara, qui, moins ivre de pouvoir que vous, a fini par être fauché par les balles assassines de sa garde présidentielle ? Dieu soit loué, vous êtes saint et sauf et mieux, il semble que vous irez vous la couler douce au Royaume chérifien. Une fois, arrivé là-bas, de grâce, restez sage, et au besoin, faites-vous oublier.
Tonton Tandja, l’envie me prend de dire : quel gâchis ! Vous aviez tout pour rentrer dans l’Histoire ; un bilan séduisant qui vous aurait valu d’être inscrit au panthéon. Hélas, vous avez manqué de sagesse et de clairvoyance. Vous avez trop fait confiance à vos marabouts qui, ne pensant en réalité qu’au fric, vous ont égaré. Vous vous retrouvez à présent seul et je ne suis pas certain qu’ils pourront changer quelque chose à votre sort. Tout cela est bien dommage !
Certes, je vous savais dur d’oreille et vous connaissais un caractère bien trempé. Mais, j’étais loin d’imaginer que, boulimique de pouvoir, vous iriez jusqu’à refermer bruyamment derrière vous, la même porte qui vous a vu accéder au pouvoir. Et vous mettre ainsi à dos la communauté internationale. Pensant que ce qui était bon pour vous ne pouvait l’être pour les autres, vous vous êtes joué de la démocratie et vous voilà à présent groggy et humilié. Moi, en ce qui me concerne, j’aurai fait mon devoir de parent soucieux de l’avenir d’un proche qui courait à la dérive en vous prévenant à maintes reprises. Hélas, vous êtes tombé dans le même piège que bien d’autres dirigeants qui pensaient que les coups d’Etat, ça n’arrivait qu’aux autres.
Tonton Tandja, à vrai dire, je ne vous en veux pas trop. J’en veux surtout à vos griots à qui vous faisiez dire que le Niger vivait sur Mars et que seul votre "peuple" à vous était à même de comprendre cela. Même si l’idée vient de vous, je suis sûr que vous auriez ralenti la folle course de votre barque s’ils avaient eu le courage de sauter par-dessus bord en guise de mécontentement. Et Dieu seul sait s’ils vous auraient rendu service ! Ce sont les mêmes qui traîneront votre nom dans la boue en disant, nous l’avions prévenu ! Mais bref. Maintenant que le pouvoir n’exerce plus sur vous son impudique tyrannie, je vous invite à mesurer combien fut grande votre erreur. Ecoutez les cris de joie qui ont accompagné votre chute du pouvoir et vous verrez que l’idée de terminer coûte que coûte vos chantiers n’emballait, en réalité, pas grand monde, à l’exception, bien entendu, de ceux qui vous contaient fleurette. Un départ accueilli avec soulagement !
Tonton, je nourris un vœu : que vous vous fassiez une meilleure réputation et pour cela, j’ai à l’esprit une idée : trouvez-vous un nouveau cheval de bataille et menez le combat de la démocratie plus que jamais malmenée sur le continent. Je vous en conjure, vous aurez cette fois, beaucoup plus de monde derrière vous, y compris ceux-là mêmes qui vous critiquaient hier. Ils finiront par oublier le piètre démocrate que vous fûtes.
Et si jamais votre chemin croisait celui d’anciens homologues qui nourriraient des velléités de s’accrocher, comme vous, au pouvoir, faites tout pour les convaincre de renoncer à leurs folles ambitions. Car, vous au moins, vous êtes bien placé pour savoir où mène la boulimie du pouvoir. N’oubliez pas non plus de leur dire que les griots qui leur bouchent la vue de la raison, qui leur pompent l’air pour les honneurs, le rang social et les besoins du ventre, sont en réalité leurs pires ennemis.
Pour ce qui vous concerne, je suis sûr que ceux qui vous soutenaient hier, qui criaient "Tandja ou rien ! ", cherchent déjà à se repositionner et n’hésiteront pas à vous enfoncer s’il le faut, pour arriver à leurs fins. Je suis certain qu’ils ont à présent le regard tourné vers l’avenir. Cher oncle, voilà à présent que le ciel vous tombe sur la tête. Soyez en certain, aucun d’eux n’acceptera de vous soulager un instant de votre lourd fardeau de président déchu et déshonnoré. Ils sont tous ou presque ainsi faits.
Par Cheick Beldh’or SIGUE
Du fait de la mal gouvernance, l’armée africaine est en passe de sortir de son rôle classique : défendre principalement l’intégrité territoriale et assurer la protection des personnes et des biens. Devant les abus de toutes sortes des pouvoirs établis, la grande muette tend à reprendre service mais de manière totalement différente. Les événements survenus ces dernières années dans plusieurs pays montrent son intervention à l’appui de la société civile. En tout cas, les acteurs civils lui redonnent encore de bonnes raisons d’intervenir sur la scène politique mais en arbitre. Surtout lorsque la boulimie du pouvoir s’empare de l’élite dirigeante et que le fil du dialogue est rompu.
L’Afrique a vraiment mal à son leadership. Les signes ne manquent pas : nombreuses frustrations de l’électorat, manque criard d’alternance démocratique, désaffection des jeunes vis-à-vis de la chose politique, entre autres. Le continent souffre atrocement de l’incurie des acteurs politiques. La plupart ne constituent pas des repères crédibles pour la génération montante. A tel point qu’après des années d’expérience, le mouvement démocratique et la communauté internationale, dissimulent à peine leur soulagement lorsqu’un régime naguère surgi des urnes, est renversé par une junte. Cela, suite à une situation de blocage institutionnel sur fond de dérives autocratiques ou tout simplement de « coup d’Etat constitutionnel ». Parfois applaudis, les membres de la junte sont même ouvertement soutenus par des masses de citoyens. Ce fut le cas récemment au Niger et auparavant en Mauritanie.
Ainsi, l’Afrique et ses partenaires se surprennent progressivement à condamner seulement du bout des lèvres les coups d’Etat militaires de type nouveau. On s’attache tout simplement à faire pression pour que les hommes en uniforme ne s’éternisent pas au pouvoir. Un non-dit consensuel semble apparaître, qui tend à reconnaître le fait accompli. Il fait valoir qu’une armée disciplinée, bien encadrée et composée d’hommes qu’on souhaite intègres, pourrait bien se substituer à un pouvoir autocratique vomi, le temps d’aider à mettre en place un organe de transition. Celui-ci pourrait alors aider à concevoir une constitution républicaine viable, et à organiser des élections propres, transparentes et équitables, avec des mécanismes de contrôle consensuels. Mais après ?
De façon générale, les démocrates africains n’avaient sans doute pas prévu un tel scénario de sortie de crise. A la Baule, on a même semblé avoir oublié ou ignoré le rôle "d’utilité publique" ou "d’arbitre" de la troupe. Mais comment ne l’avoir pas vu venir ?
Les faits vécus d’un bout à l’autre du continent, montrent que des éléments de la société civile, des opposants naguère hostiles à l’intervention de l’armée sur la scène politique, ne sont pas si hostiles à ce nouveau schéma. Dans certains cas, ils ont même surpris l’opinion par leurs appels du pied en direction de l’armée. Seule force alternative, ce type d’armée est alors considéré comme susceptible de barrer la route à un régime sorti des urnes, mais dont la gestion s’est vite métamorphosée au point de se muer en dictature féroce, sanguinaire et vorace.
C’est un euphémisme de dire que les régimes dictatoriaux foisonnent en Afrique. Leur emprise sur l’exécutif, le législatif et le judiciaire, brouille continuellement les cartes. Venus parfois par les urnes, ils s’arrogent graduellement tous les droits, étendent leurs tentacules sur les milieux d’affaires, l’intelligentsia, la recherche, etc. Par exemple, officiellement, ils sont favorables à la libre concurrence. Mais sur le terrain, par le biais de sociétés-écrans et d’organisations mafieuses, ils s’approprient frauduleusement la quasi-totalité des sociétés d’Etat, s’octroient, sans gêne, les marchés publics et privés. Au vu et au su de l’opinion qu’ils narguent jour après jour. Le plus souvent, ils auront pris soin de neutraliser les services de contrôle d’Etat. Des éléments proches du régime, auront alors été placés à des niches de responsabilité à cette fin.
Face à la corruption rampante, au clientélisme, au népotisme et aux multiples privations des libertés, les efforts des gens compétents et honnêtes, se trouvent ainsi réduits à néant. Comment alors ne pas amplifier l’incivisme et la voracité, inculquer la paresse et cultiver la fuite de responsabilité dans ces pays ? Compréhensible donc que face aux citadelles du non-droit, face au non-respect des règles et vu l’ampleur des inégalités, l’armée nationale soit appelée pour mettre un peu d’ordre, la patrie et le citoyen se trouvant effectivement en danger. Nous ne parlons point de cette armée qui sort des casernes pour mâter le mouvement démocratique en lutte face aux abus de régimes parfois même sortis des urnes. Une armée mal formée, dirigée de mains de maître par des officiers supérieurs généralement acquis à la cause des pouvoirs établis qui leur déversent en retour des subsides pour les "bons et loyaux services".
Ces sommes mirobolantes ne parviennent pas toujours à la troupe, composée aussi d’un grand nombre de partisans analphabètes, recrutés sur des bases subjectives. Voilà pourquoi certains hommes en uniforme agissent parfois comme des essaims de guêpes rendues folles par le manque de nectar et une ouvriérisation inqualifiable. Nous ne parlons point de ce type d’armée qui se croit tout permis, à l’image même des régimes en place. Elle vit le plus souvent de prébendes, de rapines, de viols et de corruption. Cette armée-là, l’Afrique moderne n’en veut pas. Elle tend heureusement à disparaître, même si des réflexes du genre résistent encore au temps dans beaucoup d’armées africaines.
Nous parlons ici de cette nouvelle armée qui cherche à comprendre, et surtout à limiter les dégâts sur un continent où la classe politique civile est prompte à s’approprier le pouvoir, mais presque jamais à s’assumer. Une armée de mieux en mieux éduquée, responsable et patriote, définitivement débarrassée des oripeaux de l’armée néo-coloniale. L’armée africaine moderne qu’on sollicite aujourd’hui pour jouer les arbitres, regroupe en son sein de nombreux experts : de la balistique au droit constitutionnel, en passant par la criminologie, la psychologie, la médecine et la communication, etc. Des recrutements réguliers de cadres de très haut niveau s’y déroulent chaque année. Des séminaires y sont organisés pour consolider les acquis et assurer les arrières. De cette armée qui fait désormais siennes les préoccupations de paix, de démocratie et de développement, l’Afrique en a bien besoin. Elle joue le rôle de pompier de la malgouvernance.
dimanche 21 février 2010, page visitée 792 fois
http://www.lepays.bf/spip.php?article2111
Sidzabda
