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Effarante démission de l'intelligence tchadienne !

Les Tchadiens qui vivent aujourd’hui la capitale se souviennent encore de ce jour du 12 Février 1979. Ils ne le voient pas, ceux qui le voient ne le vivent pas encore, mais sont condamnés à méditer, fût-ce contre eux-mêmes, au bord du gouffre.

Un petit garçon coincé entre l’Ecole de Police et le Lycée Technique Commercial de N’Djaména, sort les mains en l'air d'un trou ; un policier se précipitant à troquer sa tenue de travail contre un boubou civil fuit vers Sabangali ; des apparitions surgies de nulle part, lointaines mais trop humaines, se jettent dans la cour du Lycée où nul ne connait qui affronte qui.

Des hommes, femmes et des gosses ensanglantés et hagards, s'échappent entre deux feux, chacun cherchant qui, ses enfants qui ses parents. Autant de témoins de l'abîme qui vont nous poursuivre jusqu'à la tombe.

Sur la route de l’Apocalypse, les femmes et les enfants inconsolables ou des enfants morts de cette sale guerre, effrayés, désarmés, comme tous, en découvrent dans le regard exorbité des hommes d’Hissein Habré et ceux de Malloum que l'impossible est possible pour le maintien du pouvoir.

Il ne faut pas fuir ces images. Elles sont prophétiques. Le dispositif apocalyptique qui s'enclenche sous les yeux des tchadiens ce 12 Février 1979 est porteur d'avenir. Un avenir abominable. Un Lycée, lieu par excellence d’éducation est devenu la plus folle prise d’ôtage de l’Histoire. Par la quantité des victimes, mais plus encore par la qualité d'absolue cruauté qu'elle manifeste.

Qui accroche ses grenades en guirlandes au-dessus de centaines d'enfants, qui les menace de mort s'ils pleurent, qui les réduit à boire leur pipi, ne recule devant rien. Et surtout pas devant l'enfer. Aujourd'hui, une école kidnappée? Pourquoi pas, puisque ces affamés du pouvoir n'ont aucun souci ni de la mort des autres ni de la leur.

Inutile de spéculer sur les motifs de cette sale guerre. Connaitre que ces assassins d'enfants sont les pires des assassins que le Tchad n’a jamais connu, une pègre qui goûte la sensation du pervers, c'est l'essentiel.

Le commando de tueurs venu séparer une simple bagarre d’élèves a trouvé surplace des élèves plus armés que la protection d’une Radio Nationale placée à un pas de là. Les enfants de troupe, les policiers et les civiles sont devenus les ôtages les mieux indiqués. Bref, ce commando n'est ni spécialement composé par ,ni représentatif des tchadiens. Sans media, les victimes n’ont pu dire leur dernier mot et aucune enquête ne sera jamais démandée.

Face à un rideau de fumée opaque qui sort de la ville, chaque chef de guerre se paie même le luxe et le cynisme de vanter son héroïsme devant un parterre d'experts étrangers à Kano I, Kano II et Lagos. L'étincelle sera dûe au hasard. Une grenade qui se décroche ? Des parents désespérés qui partent récupérer leurs progénitures à la pointe de leurs tromblons? Les civils inconnus armés jusqu'aux dents s'engouffrent dans la brèche en tirant dans le tas.

Un pareil mépris de l'espèce humaine? Force doit rester au pouvoir me diras-tu peut-être? Effarante démission de l'intelligence. Le Tchad, comme dira mon collaborateur Yambaye Derry, subit encore la pire des guerres actuellement menée partout aux abords des villages où les enfants, les femmes, les hommes meurent sans images, dans la nuit et le brouillard.

L'arbitraire le plus sanglant gouverne à huis clos ce que j’appelle "un pays entier mis en coupe réglée, interdit aux caméras, où seuls pénètrent quelques reporters tellement courageux de la presse privée nationale".

La politique de l'autruche triomphe, tête dans le sable, la France qui finance les régimes cruels au Tchad ne voit rien, comme toujours. Pendant plus de vingt ans, les Français à travers les opérations « officielles» telles que TACAUD, MANTA, EPERVIER, ou les « officieuses » dont personne ne connaît le compte exact… exercent toujours leurs talents destructeurs au Tchad devenu : territoire dévasté, peuple décimé, structures sociales, mentales et morales décomposées.

Et dans ces chaos successifs,s'installent les regimes aussi gangsters les uns que les autres. La France aveugle existe toujours usant ses moyens pour soutenir des élections frauduleuses.

Connait-elle nos fardeaux quotidiens de douleur, de deuil, de tortures, l'horreur des fagôts humains, des chasses à l'homme ? Oui?. Elle en sait. La France est–elle assez crédule pour donner un quitus aux regimes criminels et gober que la paix et la normalisation règnent dans ce beau pays? Ignore-t-elle qu'un Tchernobyl délibéré n'épargnerait personne ?

Les Etats n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts, a dit un grand homme d'Etat français. Soit! Après tant de massacres et à la lumière noire du 12 Fevrier 1979, le bilan guerrier de notre pays le Tchad parle de lui-même : c'est celui d'une boucherie chaotique, d'un fabricant d'apocalypse.

Alors, la fraternité humaine? Les droits de l'Homme? Cela, on le laisse au Jugement de l'Histoire!

Tchadforum 2006/FN