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Côte d’Ivoire : des suspicions torpillent le processus électoral

Plusieurs fois ajournée dès la fin du mandat du président Gbagbo en 2005, l’élection présidentielle à venir est censée mettre fin à la crise politico-militaire que connaît la Côte d’Ivoire depuis 2002, suite au coup d’Etat manqué de l’ex-rébellion des forces nouvelles (FN) de Guillaume Soro, qui a coupé le pays en deux. Cette élection est un véritable tremplin pour la restauration de la paix et l’instauration de la réunification effective de ce pays. Longtemps considéré autrefois comme l’ « El dorado » d’Afrique, au jour d’aujourd’hui, le pays d’Houphouët Boigny est bien loin de cette époque-là. Avec un processus marqué par des tours de valse des politiques dont le domaine de prédilection est l’atermoiement et le sensationnel.

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La société civile dépassée est aux abois. Les Ivoiriens ne sont pas près de sortir de l’auberge. Nonobstant, les déclarations optimistes du représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies, devant le conseil de sécurité le 21 janvier 2010. « Le processus électoral dans ce pays a fait des progrès remarquables ces six derniers mois (…) la liste électorale publiée le 23 novembre 2009, était bien équilibrée, crédible et a fait l’objet d’un consensus de la part des principaux protagonistes politiques », a dit Yj Choi lors de cette séance du conseil consacrée à la Côte d’Ivoire. Si cette liste est donc le fruit de l’assentiment de tous les acteurs politiques, donc digne de crédibilité, qu’est-ce qui expliquerait dès lors la résurgence des suspicions et des tensions au sein de la classe politique ? Il convient de relever pour le déplorer qu’un problème est survenu dans la procédure de recours. Concrètement, alors que la Commission électorale indépendante (CEI) que dirige Robert Beugré Mambé, procédait à une vérification du million de personnes non identifiées, elle a par ailleurs, publié une seconde liste de 429.000 personnes. Cette méprise aboutira à un contentieux qui n’est pas encore réglé jusqu’alors. C’est tout le processus qui est stoppé net.

La CEI accusée de fraude

Pour le président Laurent Gbagbo, la CEI est responsable de tout ce capharnaüm. Sans fioriture, il a accusé cette institution indépendante de « fraude » et de « manipulation » dans le traitement des contentieux sur la liste électorale. Pour certains observateurs de la scène politique ivoirienne, ces accusations sont de nouvelles « digressions » du camp présidentiel qui exige par ailleurs la démission de Beugré Mambé (il est issu de l’opposition. Ndlr). Selon le parti au pouvoir, pendant une séance de travail avec le Premier ministre Guillaume Soro, le président de la CEI aurait révélé qu’il a « autorisé de manière unilatérale et discrétionnaire des recherches complémentaires en vue de valider les cas litigieux ». Ces recherches effectuées en dehors des procédures normales ont « mis en évidence 429.000 personnes à intégrer d’office à la liste électorale définitive ».

Le fait que ces recherches aient été menées extra-muros de la réglementation, donne toutes les raisons au pouvoir de penser qu’il y a eu « fraude et manipulation » et met en garde contre toute compromission. Selon le porte-parole du chef de l’Etat, « aucune fraude, aucune manipulation, aucun tripatouillage de quelque nature que se soit ne sauraient être tolérés, même émanant de la CEI, qui reste et demeure un maillon essentiel du processus ». Samedi 6 février, comme pour répondre à ces accusations du Front populaire ivoirien (FPI) de Gbagbo, le porte-parole adjoint de la CEI a reconnu que la commission avait produit « en interne un document à partir de recherches complémentaires proposant de valider quelque 400.000 personnes » mais la CEI a « elle-même décidé de ne pas utiliser ce fichier », a-t-il assuré, jugeant matériellement « pas possible» pour la commission, de reverser ces cas sur la liste provisoire.

La paix jamais autant menacée
Même si une enquête initiée par le procureur de la République Raymond Tchimou conclut à « des fraudes manifestes dans l’élaboration des listes des votants », le numéro un ivoirien dans un communiqué de presse invite ses compatriotes « au calme et à la sérénité face à ces graves dysfonctionnements ». Dans l’entourage de Guillaume Soro, qui a rencontré le « facilitateur » Blaise Compaoré, l’on affirme que le président burkinabè a déjà trouvé une solution à la controverse actuelle. « Il faut que la Cei accepte travailler avec les autres structures en charge du processus électoral et vérifier tout le travail qui a été fait car tout le traitement du contentieux est entaché ». Explique-t-on.

Une certitude demeure cependant, le Premier ministre ne demandera pas la démission de Beugré Mambé estimant qu’il s’agit pour le président de la CEI d’ « une question de conscience individuelle ». Vendredi 5 février 2010, l’opposition ivoirienne réunie au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la paix et la démocratie (RHPD) a prévenu que l’accord de paix signé en 2007 « n’a jamais été aussi menacé » du fait de la crise actuelle sur la liste électorale. Elle a également exigé la tenue « au plus tard en mars » du scrutin présidentiel reporté depuis 2005. Cet accord est torpillé par « les manœuvres dilatoires du pouvoir en place », affirme-t-on au sein de l’opposition. La conséquence immédiate serait un fort ralentissement qui peut « entraîner un blocage préjudiciable et dangereux à l’ensemble du processus de sortie de crise », a-t-elle affirmé. Les tensions se sont multipliées ces derniers jours autour de la liste et ont provoqué des incidents parfois violents. La classe politique a donc intérêt à faire respecter l’accord signé en 2007 à Ouagadougou. Au risque de voir ce beau pays s’embrasé une nouvelle fois. L’opposition attend les élections en mars, l’ONU en juin 2010. A qui profitent le cafouillage et l’incertitude ?

Jacques Willy Ntoual (Cp)

Le Messager