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Tchad : Contrôle des véhicules ou opération bakchich ?

Comme à l’accoutumée, les autorités tchadiennes viennent de contraindre les automobilistes tchadiens à un contrôle de leur véhicule. Ces contrôles vous font passer devant les agents des mines, des impôts, de la douane, du transport, du trésor, de la mairie, des assurances et de brigade de circulation urbaine (BCR). Au bout de la chaîne, un "ordre de sortie" et un grossier autocollant portant la mention "laissez passer" que vous devez coller à l’extérieur de votre pare-brise, sa partie adhésive se trouvant au dos de la partie portant l’inscription censée vous faire circuler en paix. Mais cela, pour quelques mois seulement puisque dès février 2010, certains agents se feront le devoir de vous exiger la taxe de circulation de l’année nouvelle bien que soit marquée au dos de celle-ci l’extrait du code général des impôts qui dit que celle-ci doit être acquittée au plus tard le 31 mars (de l’année en cours) et ne peut donc être exigible que le lendemain et donc à partir du 1er avril de l’année en question.

Mais, revenons aux actions de notre Commission de contrôle. Tout au long de ce parcours, vous êtes assuré d’y laisser des billets de banque. Tout est fait pour vous faire traîner en longueur. Si vous voulez vous dégager pour vaquer à vos occupations, il faut vous créer un défaut : le non usage de la ceinture de sécurité, le non-fonctionnement de vos feux même si cela est faux aussi bien pour vous que pour les agents que vous avez en face de vous. C’est ainsi qu’on a contraint le chauffeur d’un ami à accepter le défaut de port de sa ceinture de sécurité pour se voir dépouillé de 6 000 Fcfa et avoir en quelques minutes son fameux laissez-passer.

Autre surprise : l’on vous dira par exemple que votre engin a été sous-taxé par la douane et que vous devez donc payer la différence sur-le-champ. Pourtant, pour que le service des mines vous délivre une carte grise, vous avez bien dû passer par le service des douanes pour le dédouanement. Alors, s’il y a une réparation à faire, devez-vous la supporter tout seul ? S’il y a eut erreur, n’y a-t-il pas eu des agents qui ont apposé leur signature sur ces documents ? Alors, pourquoi la réparation de ce manquement devrait-elle incomber au seul propriétaire du véhicule, du moment que les agents sont censés connaître ce qu’ils doivent faire ? Tout se passe comme si tout le monde s’était entendu pour racketter le citoyen, on laisse faire. Curieusement, aucun parlementaire n’a pensé interpeller les responsables des ministères concernés au sujet de ces actes qui se déroulent sous leurs yeux.

C’est comme si on était encore à l’âge de la pierre. Car, comment comprendre que tous les ans, on demande aux propriétaires des mêmes engins de se soumettre aux mêmes et interminables contrôles ? Sommes-nous les seuls, en ce 21e siècle, à ne pas disposer d’archives et d’ordinateurs pour y intégrer les données nécessaires et coller la paix une fois pour toute aux citoyens ? Le bon sens aurait voulu qu’ayant déjà soumis à un premier contrôle ce même engin, les années suivantes, on ne vérifie que la validité des documents tels que la taxe de circulation, l’assurance, la fiche technique, etc. Mais, c’est la spécificité tchadienne qui permet de prélever sur ceux qui sont des sans voix (par ignorance ou résignation) sans s’inquiéter.

Que fait le ministère de la Moralisation lorsque même de simples citoyens savent qu’à l’entrée de ce site où opère cette fameuse commission, des agents proposent les mêmes documents que d’autres doivent souffrir avant de les avoir contre des espèces sonnantes et trébuchantes à travers un circuit parallèles de délivrance ? Quelle est la part qui entre réellement dans les caisses de l’Etat et les poches des agents lors de ces opérations ? Ces contrôles sont un moyen de faire perdre aux citoyens du temps, de l’énergie et de l’argent. Ils ont pour conséquence la raréfaction de l’offre du service de transport, un ralentissement de l’activité économique. Et un manque à gagner pour l’Etat tchadien.

Naygotimti Bambé
CEFOD