Le changement opéré à la tête de l’Union africaine (UA), semble augurer de meilleurs lendemains quant à la façon de gérer les conflits qui sévissent dans certains pays du continent. Le pragmatisme anglo-saxon incarné par la Communauté pour le développement d’Afrique australe (SADC) ayant porté à la tête de l’Union le chef de l’Etat malawite, Bingu wa Mutharika, présage de profondes innovations dans les méthodes de l’UA. Sous l’impulsion de cette même communauté, qui reproche au président de la Commission de l’UA son faible pour le président malgache Andry Rajoelina, l’un des importants projets de résolutions examinés par le 14e sommet de l’UA a porté sur la crise malgache. Tout en confortant la médiation de l’Afrique australe dans la résolution du différend entre les factions politiques sur la Grande Île, ce texte préconise plus de fermeté à l’égard de l’ex-maire d’Antananarivo. En clair, l’UA reste sur sa position en enjoignant les dirigeants malgaches de respecter les accords de Maputo sur le partage du pouvoir. En attendant la date du 6 février fixée par Jean Ping pour faire le point de la situation, c’est TGV qui donne de la voix dans une interview qu’il a accordée à la chaîne de télé LCI le 1er février.
La formation du gouvernement d’ouverture et inclusif, l’homme fort d’Antananarivo a dit y être favorable, mais seulement "après les élections des membres de l’Assemblée constituante qui aura la charge d’élire le nouveau Premier ministre". II a même proposé la mise en place d’un Conseil supérieur de la transition, qui serait une émanation des quatre mouvances. Un tel empressement à prendre des engagements porte à croire que l’ancien DJ est sensible à la nouvelle donne qui prévaut actuellement à l’UA, et dont beaucoup espèrent dynamisme et intransigeance. Toutefois, il convient de savoir raison garder et d’être très prudent pour ne pas se laisser surprendre désagréablement, une fois de plus, par la versatilité de Rajoelina. Pour que la fermeté affichée par l’institution continentale à l’égard des gouvernants de Madagascar soit payante, il est important que les menaces soient renforcées, le ton plus durci et que les puissances étrangères jouent franc jeu. Car le dénouement du conflit malgache se fera maintenant, ou celui-ci durera encore longtemps, et même très longtemps, avec des conséquences désastreuses et imprévisibles. Etant donné que la présidence malawite qui cristallise tous les espoirs ne durera qu’un an, il est urgent de prendre les décisions audacieuses maintenant, quitte à renforcer les sanctions par un blocus du trafic aérien dont dépend beaucoup l’économie malgache.
En dehors de l’Armée - dont l’inconstance n’est plus à démontrer - et quelques grandes puissances, dont la France, Andry Rajoelina n’a aucun soutien de taille dans son pays. L’Union a donc là une opportunité de redorer son blason, et ce ne sont pas les atouts qui lui font défaut. Elle n’a qu’à jouer courageusement son rôle, car à l’heure du bilan, les responsabilités seront clairement situées.
Par Honoré OUEDRAOGO
Le Pays.bf
