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L’AFRIQUE EST-ELLE EN PASSE D’ETRE ADMISE AUX URGENCES ?

Dans une récente analyse une équipe de chercheurs du Fond Monétaire International[*] a analysé les effets de transmission des crises économiques dans les pays d’Amérique latine. La question principale de leur étude a tourné autour du thème suivant: quand les Etats Unies prennent froid, l’Amérique latine est enrhumée.

L’économiste Francis Konan reprend ici à son compte cette boutade; pour dépeindre les rapports d’interdépendance entre l’Afrique et les autres continents. «Quand l’Amérique du Nord a froid, l’Europe tousse, l’Afrique est-elle en salle d’urgence?». Au-delà de ce trait d’esprit, la problématique de la contribution proposée est de savoir quel serait l’impact d’une récession globale sur l’Economie Africaine ?

L’économie de l’Afrique est axée sur les exportations de matières premières. Celles-ci, en retour dépendent principalement de la performance des partenaires économiques que sont l’Europe, l’Asie et les Amériques (USA/Canada, et l’Amérique Latine). C’est la raison pour laquelle lorsque ces derniers expérimentent un boom économique, cela est supposé se répercuter positivement sur les économies africaines. Dans l’autre sens, quand ces partenaires économiques connaissent une baisse prolongée de croissance économique (récession), l’Afrique est supposée «souffrir ».

Dans notre analyse, nous avons donc cherché à comprendre la performance du continent africain pendant les principales récessions qui ont ébranlé l’économie mondiale entre 1973-2008. Comme instrument de performance économique, nous avons choisi le taux de croissance annuel moyen du PIB sur trois ans. A savoir, l’année d’avant récession, celle pendant la récession et celle d’après la récession. Le taux du PIB réel moyen est supposé être l’indicateur de performance économique des cinq continents.

La Récession de 1973-1975 : Quand les Pétrodollars temporairement sauvent l’Afrique

L’embargo des exportations de pétrole par les pays arabes lors du conflit Israélo-palestinien va créer une pénurie du brut sur le marché international. La réduction de l’offre du pétrole entrainera une hausse de la demande et fera donc grimper les prix. En Aout 1974, le prix du baril augmente de 300 %, venant ainsi empirer la situation économique des Etats Unis; qui d’ailleurs sur le plan domestique luttait contre une récession occasionnée par une politique monétaire trop restrictive. Pendant la période de 1973 - 1975, l’économie de l’Amérique du Nord gagne en moyenne 1.9 point en croissance. Son voisin direct, à savoir l’Amérique latine, elle, engrange seulement 2.2 en moyenne. L’Europe n’a pu obtenir que 3% de croissance, quand l’Asie faisait mieux avec 4.4%.

Les deux groupes qui ont pu résister aux effets pervers de cette récession ont été les pays de l’Europe de l’Est et l’Afrique avec respectivement 5.3 et 5.1 % de croissance moyenne. L’Europe de l’Est conduite autrefois par l’Union Soviétique a pu puiser dans son sol suffisamment de pétrole pour continuer sa production. Son isolement économique a aussi été un instrument bloquant ainsi l’effet de contagion de la crise.

Le bon résultat de l’Afrique lui vient de sa longue période de croissance économique des années 1960, qui a permis de poser une structure de production bien solide. Entre 1973 – 1975, le prix des matières premières agricoles étant à la hausse et l’entrée massive d’investissements directs étrangers provenant des Pétrodollars permettent au continent de survivre. En 1974, pendant que tous les autres continents expérimentaient les affres de la récession, l’Afrique affichait le taux de croissance annuel de son PIB à 8% le plus élève de l’année. Vers la fin de la récession, elle va cependant connaitre une baisse de croissance sans précédent. En effet, le gain positif de 1974 va s’effriter en 1975, ramenant le PIB de 8.9 à 2.7%. Ce résultat est directement associé à la performance de l’Europe partenaire économique de l’Afrique qui, en cette même année, connaissait une croissance négative de -0.2%.

La période 1980-1982 : l’Afrique crée sa propre récession

Cette récession a commencé aux Etats-Unis pour se propager ensuite sur les autres continents. La récession de 1980-1981 est communément décrite comme ayant la forme d’un «W». L’économie américaine a connu en effet une première récession qui a duré quelque mois. Il y a eu une reprise pour quelque temps puis, une autre récession est apparue avant que l’économie sorte enfin de ce cycle pernicieux.

Sur la période 1980-1982, l’Amérique récolte seulement 0.7% en croissance moyenne du PIB, quand l’Amérique latine ne fait pas mieux avec 0.5%. L’Asie et le block Est s’en sortent avec respectivement 3 et 4%. L’Europe, quant à elle se stabilise aux alentours de 1.6%. Le cas de notre chère Afrique est pathétique avec (2.2%). La récession globale 1980-1982 coïncide en Afrique avec une période ou les économies africaines sur le plan interne expérimentaient des déséquilibres macroéconomiques assez graves. Les comptes courants et les balances budgétaires étaient tous déficitaires. L’inflation dans certains pays atteignait les deux unités, quand les taux de change surévalués pénalisaient indirectement les échanges commerciaux du continent. Comme un malheur n’arrive jamais seul, la baisse du prix des matières premières d’exportation va finaliser la débâcle des économies africaines pendant la récession de 1980-1982. D’une façon générale, la crise de 1980-1982 pour l’Afrique va s’étendre sur les dix précédentes années.

La récession de 1990-1991: Silence l’Afrique se stabilise

C’est l’une des plus courtes récessions. Elle va durer moins d’une année en Europe et aux Etats Unis d’Amérique. En Asie, c’est dans cette même période que les pays asiatiques vont connaitre un boom sans précédent. On parlera du «miracle Asiatique», qui va se matérialiser par un gain en croissance de 5.5. Tous les autres continents sont à la traine. L’Europe est dans la zone négative de croissance avec -2.2.

A l’Est, il y a quelque chose de nouveau! La fin des régimes communistes ébranlera tout le système de production. Du jamais vu! En moins d’une année, le "bloc" va connaitre une dépression économique avec un recule de -28.6% du PIB réel. L’Afrique, qui traine encore avec elle ses malheurs économiques des années 80, ne fait pas mieux avec 1.3%, le taux le plus élevé après celui de l’Asie. C’est aussi pour la première fois qu’une baisse d’activité (-2.2) en Europe en période de récession est contrecarrée par une légère croissance en Afrique.

La récession de 1997-1998 marque la fin du boom économique de l’Asie qui va croître seulement de 1.6%. Cette fois ci, l’Amérique du Nord (4.4%), qui est innocente dans création de la crise, et son voisin du Sud (4.3%) vont réussir à bloquer les effets de transmission de cette récession sur leurs économies. L’Afrique, en cette année se distingue remarquablement avec 3.2%. C’est pour la deuxième fois d’affilée qu’une contraction de l’économie européenne (2.6%) ne se transmet pas au continent noir.

La Récession de 2001-2002: bonne rentrée de l’Afrique dans le nouveau millénaire

Cette récession est le résultat de plusieurs facteurs. Le boom de l’économie américaine conduit par le secteur de la technologie de l’information, va donner des signes d’essoufflement. L’attaque terroriste du 9 Septembre 2001 va ralentir la croissance économique du pays (1.3%). La crise va s’infiltrer en Europe (1.7%), en Asie (2.7%) et en Amérique latine (1.1%). L’Afrique, quant a elle va résister en obtenant le taux de croissance continental le plus élevé avec 4.6% de la hausse du PIB. C’est en effet la troisième récession ou le continent africain n’est pas touché par un recul de la croissance en Europe et aux Etat Unis.

La période de 2007-2009: Quand La Grande Récession surprend l’Afrique

Elle a commencé timidement aux Etat Unies en 2007, pour se répandre dans les autres continents à partir de 2008. Apres avoir montré des signes de résistance en 2007, l’Europe s’est fait surprendre par la récession en 2008, quand le taux de croissance de son économie frôle la barre de 0.7%. L’Asie, puissamment parrainée par la forte croissance de la Chine a commencé à sentir les effets de la grande récession dès le début de l’année 2008 avec 7.6% le taux le plus élevé sur les cinq continents. L’Amérique latine (4.2%) pour la première fois a réussi à se départir des déboires de son voisin du Nord. Certains spécialistes pensent que la croissance économique des pays comme le Brésil, l’Argentine a joué un grand rôle dans la stabilisation économique de la région.

Dans un peu plus d’un mois, nous serons à la fin de l’année 2009 et les prévisions du Fond Monétaire International ne sont pas étonnantes, vu l’ampleur de la crise. L’Amérique du Nord (-3.4%), Latine (-2.5%) et l’Europe (-4.2%) continuent leur chute libre. La durée prolongée de la crise va finir par prendre les-dessus sur la performance de l’économie Africaine : après avoir résisté en 2008 avec 5.2%, l’Afrique tombera les armes à la main, avec 1.7% en 2009, le taux le plus élevé après celui de l’Asie. Les chiffres parlent d’eux même. Et, dans le cas de l’Afrique, on peut déceler dans la chute brutale du taux de croissance du PIB, un effet de surprise.

Selon cependant le FMI, le mauvais résultat de l’Afrique lui vient de la performance misérable de ses pays producteurs de pétrole, qui s’explique par une baisse de la demande extérieure de l’Europe et de l’Amérique du Nord.

Quelles leçons peut-on donc tirer pour l’Economie africaine ?

Elle a été sérieusement affectée par la récession de 1980-1982, à cause de ses propres déséquilibres économiques. La grande récession de la période 2007-2009 est la seconde crise économique qui semble avoir perturbé le continent. Elle a été globale comme la récession de 73-75 et a sérieusement déséquilibré l’économie du continent vers la fin de la récession (2009 [1.7%], 1975[2.7%]).

Quand la récession est non seulement globale et est ressentie très fortement en Europe, alors dans ce cas, l’Afrique n’est pas épargnée non plus. Cela fut valable seulement pour la crise pétrolière des années 70 et de la grande récession de 2008. Les périodes de récessions entre 1990 et 2001 révèlent que l’Afrique a été moins touchée par les différentes crises. Ces résultats sont le produit d’une bonne gestion macroéconomique aux niveaux des états.

Sur le plan international, l’émergence des pays asiatiques comme la Chine et l’Inde a aidé les pays africains à ne pas être trop dépendante de leurs anciens partenaires économiques que sont l’Europe et l’Amérique du Nord. La bonne performance de l’Asie pendant les années de récessions (sauf 1997-1998), montre probablement que le commerce international entre l’Afrique et l’Asie pourrait avoir un effet stabilisateur pour le premier continent.

L’Afrique qui, de plus en plus, apparait comme un continent émergeant devrait cependant vulnérable aux prochaines crises, si celles-ci sont de natures financières.

** Toutes les données numériques sur les différents PIB proviennent du Centre de Statistique des Nations Unies

Francis Konan

frkonan@yahoo.com Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Économiste, diplômé de l’Université d’Economie et de Gestion de Vienne (Autriche), diplômé de l’Institut des Etudes Avancées de Vienne (Autriche), diplômé de la Faculté des Sciences Economiques & Gestion de l’Université d’Abidjan (Cocody)

[*] Shaun K. Roache, Joy Villacorte (project coordinator), and Martin Mühleisen. Décembre 2008

Auteur de cet article: Francis Konan
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