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Garga Haman Adji décharge sa colère dans « Le mal africain »

On aurait dit que le président de l’Alliance pour la démocratie et le développement (ADD), n’a pas oublié son passé de jeune lycéen. Son devoir, en guise d’ouvrage intitulé «Le mal africain, diagnostic et thérapie», est présenté sous forme d’un devoir de dissertation. Juste une introduction dans laquelle l’auteur campe le décor, pour montrer comment le continent africain s’est transformé en si peu de temps en un cirque lugubre où des saltimbanques malhabiles, traitent le « peuple spectateur» comme une masse d’idiots. Dans le corps du sujet, il montre comment l’Afrique reste un continent de l’anormalité, du « tout est possible », un continent où, les dirigeants se jouent avec désinvolture des espoirs et de la patience des populations. S’agissant de sa conclusion, Garga Haman Adji pense que ce continent qui se délite ne peut envisager un développement économique, des progrès scientifiques et techniques durables qu’à travers une véritable prise de conscience et des solutions consensuelles à la crise politique.

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L’ouvrage n’est pas encombré de préface, prologue, avant propos, épilogue, post-face… Toutes choses qui parfois amènent certains auteurs à rechercher la crédibilité et la légitimité de leur travail auprès des tiers. Loin d’utiliser une certaine esthétique langagière pour maquiller certains faits, Garga Haman Adji qu’on a du plaisir à (re)découvrir, reste virulent ; car il s’emploie avec l’audace qu’on lui connaît, à utiliser les expressions dans leur réalité première. Dans l’introduction où il analyse les situations aussi dramatiques que paradoxales que vivent l’Afrique et les africains, il parle de : « l’irresponsabilité, le déficit du sens de l’Etat, le mépris de l’intérêt général, le manque de foi et de volonté politique affirmée des dirigeants d’une part ; l’inconscience, le manque de maîtrise organisationnelle et d’initiatives dignes d’intérêt, l’absence d’objectifs et de projets programmés…, la gabegie, le népotisme des autorités d’autre part caractérisent la gestion des affaires publiques de la majorité des Etats africains » écrit-il. A ce tableau noir, l’auteur en rajoute : «la passivité ou la résignation des populations, le tribalisme, le fatalisme, l’apathie et la léthargie, sans oublier les esprits sectaires qui en profitent pour parachever l’édification du mal». Au-delà de la qualité de l’écriture, Garga Haman Adji pense que si la misère devient abondante et la richesse rare en Afrique, c’est à cause du bouleversement de l’échelle des valeurs. Selon lui, l’Afrique doit réviser ses rapports avec les autres continents, s’émanciper de toute forme de complexe, surtout celui de l’esclave. Pour éviter le danger majeur qui guette les générations futures, il faut se débarrasser de tels préjugés institués et entretenus par des continents «dominants» et «courtisans» des richesses africaines que sont : Europe, Amérique et les « grands dragons d’Asie ».

Devoir de conscience

L’ouvrage comporte deux parties. La première, « voyage au bout du mal africain », s’adosse sur deux chapitres qui présentent pour le premier, « le mal africain », le 2ème bâti sur le « désir d’assistance ou volonté de domination ». Ici, l’auteur constate la faillite en béton d’un continent qui s’est laissé prendre au piège en se faisant « bercer » par : des procédés et techniques néocolonialistes, l’aide au développement ou stratégies de diversion, les institutions de Bretton Woods. Dans la 2ème partie consacrée aux remèdes et maux de l’Afrique, l’auteur « clique » dans le chapitre premier sur la nécessité de déjouer les causes des échecs politiques, car il s’agit de « rompre avec l’étroitesse de vue et le manque de perspective ». Quant aux deux derniers chapitres, l’auteur suggère de « décoloniser, repenser et renflouer les économies africaines », mieux encore, Garga Haman Adji convoque au débat, une réalité épistémologique, celle de trancher le nœud gordien de la domination.

Au-delà de la pertinence de la thématique et son caractère poignant, l’ouvrage de Garga Haman Adji en appelle à l’idée d’une ambition continentale que les africains doivent porter un tel défi. Mais pour ce faire, il faut s’indigner de la résignation collective, sortir de l’enjeu de la peur, certains Etats africains où, les populations rongent le frein de la banqueroute. Si l’on veut ramener le contenu de l’ouvrage vers le microcosme camerounais, il faut souligner ici, qu’il n’y a pas de démocratie sans calendrier électoral connu longtemps à l’avance de tous les acteurs politiques, pas de démocratie lorsque les stratégies personnelles ou partisanes prennent le pas sur les lois de la République. Pour en finir avec le mal africain, il y a lieu de régler les questions de la mal gouvernance, l’exclusion, la corruption, la concussion, les forfaitures impunies et la désagrégation de notre corps social. On pourrait alors exulter de joie, si on parvenait à détruire les chaînes de révolte de la barbarie à visage humain d’une élite de hauts fonctionnaires milliardaires, dans un pays en crise.

Garga Haman Adji, «Le mal africain, diagnostic et thérapie », Essai, Editions Harmattan, 2009, 334 pages. Prix : 20.000FCfa