Si la récession économique née de la sévère crise financière déclenchée aux Etats-Unis en septembre 2008 a contraint gouvernements et acteurs sociaux de tous les ordres à revoir les dogmes du libéralisme outrancier, elle a par ailleurs servi de révélateur de la véritable perdition voire, la condamnation à l’arriération et à la misère, de nombreux peuples subissant des régimes de dictature. Avec la mort de Omar Bongo Ondimba du Gabon, le monde entier a pu, pour une fois, focaliser l’attention sur le sort d’un petit pays potentiellement très riche, mais dont les citoyens demeurent, sans aucune exagération, moins bien traités que les esclaves du 16ème siècle.
Le fait de convenir par simplicité de langage ou d’écriture, que les peuples sont libres ou que les gens sont des citoyens, ne saurait signifier que nous sommes en présence de sujets de droit au sens de la jouissance effective des droits et des libertés consacrés par les instruments internationaux. De même, la banalité de la qualité de membre de l’Onu, organisation internationale universelle, ne traduit pas forcément ni la respectabilité, ni l’élévation à un statut quelconque, ni la viabilité et la civilité d’un Etat. C’est de la manière dont un pays est géré et ses citoyens traités, que découlent dorénavant toutes les considérations et mérites.
La nouvelle identification de la géopolitique économique
Les rencontres de Washington en novembre 2008 et de Londres en février 2009 à l’effet de trouver des solutions de relance de l’économie mondiale, ont clairement tracé une nouvelle ligne de démarcation entre les économies de la planète. Cette ligne n’est plus ce qu’elle fût toujours, c'est-à-dire entre les riches pays industrialisés d’une part et le reste, mais plutôt entre les pays émergeants d’une part et les pays condamnés à l’arriération et à la misère d’autre part. C’est l’avènement de la nouvelle division du monde qui succède à la division de la guerre froide qui elle-même avait déjà généré la configuration nord-sud au moment de la revendication d’un nouvel ordre économique international au début de la décennie 1970. Le paradoxe voudrait que ce soit justement une situation quasi involontaire, qui ait permis de dévoiler ouvertement une profonde différence entre des pays jadis classés dans le même tableau.
Si le décès de monsieur Bongo du Gabon a tant défrayé la chronique, c’est à cause de la situation de pauvreté extrême dans laquelle un régime de dictature et d’irresponsabilité a plongé un pays en dépit de richesses naturelles immenses normalement exploitées. Il est donc apparu évident aux yeux des analystes, qu’il fallait maintenant considérer honnêtement certains pays comme étant définitivement tourné vers la production de la misère, pendant que d’autres, plus entreprenants et sans aucun doute mieux gérés, avancent à grands bonds vers des horizons de meilleur développement et de mieux être de leurs populations.
En réalité, nous retrouvons la distinction que faisaient déjà certains dirigeants de la droite américaine sous l’administration Reagan et selon laquelle, il fallait opérer une distinction entre les régimes dictatoriaux obscurantistes d’une part, et les régimes autocratiques productrices et modernistes d’autre part. Comment dans ces conditions ne pas revoir toutes les critiques formulées à l’endroit du système chinois qui en dépit des violations flagrantes des droits de l’Homme et des libertés individuelles, a réussi à bâtir une gigantesque industrie conquérante et bousculé les normes de production des technologies partout dans le monde ? L’idée de la liberté de choix du positionnement comme pays sous-développé ou comme pays en voie de développement ne tient plus dans aucun argument dorénavant face au fossé criard qui se construit chaque jour entre des pays comme l’Inde et le Brésil d’une part, et d’autres à l’instar du Tchad et du Kenya d’autre part.
(A suivre )
Par SHANDA TONME
Le 25-06-2009
Le Messager
