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Mamadou Tandja : Le militaire rattrapé par le carriérisme

La longue expérience aux affaires civiles et militaire n'a pas empêché cet homme de succomber aux appels des courtisans.

La lecture de la biographie officielle de Mamadou Tandja semble dérouler le portrait d'un homme foncièrement honnête et respectueux des lois de la République, lui qui aura été à la fois un militaire exemplaire (jusqu'au moment où il quitte les armes en 1991 avec le grade de lieutenant colonel) et un grand commis de l'Etat (tour à tour préfet, ambassadeur ou ministre); autant de fonctions qui lui ont permis d'acquérir une parfaite connaissance du Niger, de ses populations, des problèmes que ces dernières rencontrent dans leur vie quotidienne et d'en prendre pleinement conscience. Ses hagiographes ajoutent même, probablement dans un excès de zèle que ne favorise malheureusement pas l'actualité, qu'il est " un Citoyen respectueux de la loi, nationaliste avéré, austère, rigoureux et transparent dans la conduite des affaires de l'Etat, lui qui accomplit toujours et de bonne grâce ses devoirs en s'acquittant notamment et souvent par anticipation, de ses obligations fiscales."

Pour parachever ce parcours du combattant, Mamadou Tandja, qui intègre le front de la politique en 1991, aura connu pendant dix ans les affres de l'opposition, après avoir été candidat malheureux aux élections présidentielles de mars 1993 et juillet 1996. Pour ses partisans, c'est au cours de cette période particulièrement difficile que le président du Mouvement national pour la société de développement (Mnsd-Nassara) "a effectivement pris la mesure de sa responsabilité face à la dérive autoritaire et à la gestion catastrophique des hommes politiques qui dirigeaient le Niger. C'était le véritable combat de sa carrière politique. Combat qui le portera triomphalement à la magistrature suprême en novembre 1999 à la suite d'élections libres et transparentes."

Mais d'où vient-il que cet homme de 71 ans (il est né en 1938 dans l'est du pays, à 1300 km de la capitale, Niamey) qui jusque-là a su rester au dessus de la mêlée et des appétits financiers et pouvoiristes, qui a fait "de l'enracinement et de la consolidation de la démocratie, des tâches prioritaires, sa conviction étant en effet, que c'est la démocratie qui permet de créer le cadre et les conditions dans lesquels s'expriment dans l'égalité, la liberté, la justice et l'équité, les citoyens dans leur ensemble", en soi aujourd'hui a répondre à l'appel de courtisans au point de vouloir violer la constitution? Ses partisans indiquent qu'il a un bilan élogieux à défendre et à poursuivre, et que seul le peuple doit décider s'il a besoin de lui comme président au terme de son actuel mandat.

Mais pour ses adversaires, nombreux dans les rangs de l'opposition comme de plus en plus autour de lui, c'est un argument qui ne peut rien justifier: "Invoquer le bilan du président pour justifier la prolongation de son mandat, c'est un argument farfelu", fustige ainsi Marou Amadou, président du Front uni pour la sauvegarde des acquis démocratiques (Fusad), une coalition d'une vingtaine de syndicats et d'Ong opposés au maintien du chef de l'État au pouvoir. "Mamadou Tandja n'a-t-il pas été élu précisément pour travailler à l'amélioration des conditions de vie de tous les Nigériens? Ceux qui appellent à une prolongation de son mandat ne sont que des courtisans et des aventuriers qui risquent de plonger le Niger dans l'inconnu!", insiste-t-il.
En attendant de savoir quelle sera l'issue finale de ce bras de fe, Mamadou Tandja risque gros. En effaçant d'un trait de plume plusieurs décennies d'une carrière globalement correcte au profit d'appels courtisans qui ne vivent que des avantages que leur procure le chef de l'Etat, en particulier en ce moment où l'inauguration d'une nouvelle et vaste mine à uranium va procurer de nouveaux avantages au personnel aux affaires.

A.B.
International