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Tchad : De l’esclavage du sudiste.

Rares sont les sudistes qui n’ont jamais entendu cette injure: "abid". "Abid"est un mot arabe pour désigner l’esclave.C’est dire que dans l’imagination de ceux qui la professent,les sudistes actuels sont les descendants d’anciens esclaves dont les maîtres seraient les ancêtres des actuels nordistes.

J’avertis ceux qui voient dans tout une entreprise de division que tel n’est pas du tout mon objectif.La nation tchadienne est à construire car elle n’existe pas encore et le choix de vivre ensemble suppose qu’on doit étaler à la place publique tous les sujets tabous afin que les tchadiens de toute couche et origine soient débarrassés des préjugés et jeter les vraies bases d’une nation que j’appelle de tout mon vœux.Car comme le dit le professeur Langdon à l’introduction du film « the Da Vinci code »,
‘’la connaissance de notre passé a une incidence directe sur la compréhension que nous avons de notre présent.’’Par conséquent,si notre passé est cristallisé pour donner de nous un ego flatteur,nous aurons de la peine à bien appréhender notre présent.

Alors, d’où vient que certains nordistes tchadiens considèrent leurs compatriotes du sud comme esclave? La réponse est évidente,c’est écrit dans les livres des blancs, relayés par les propagandes du FROLINAT.Ces blancs n’ont aucun intérêt à mentir. Que nous racontent en réalité ces livres des blancs?Que les royaumes précoloniaux tchadiens(royaumes du Kanem-Bornou,du Baguirmi et du Ouaddaï) faisaient le commerce des esclaves qu’ils capturaient dans le SUD.Point ! C’est clair comme l’eau de fontaine! Pourquoi encore discuter l’évidence? Rien n’est moins sûr et en voici la démonstration.Trois arguments seront servis:la situation dans le temps et dans l’espace de ces royaumes,les religions pratiquées au Sud du Tchad actuel,et enfin la place de l’esclavage dans le subconscient sudiste et l’absence d’héritage.

Le royaume du Kanem est fondé au VIIe siècle,celui du Ouaddaï et du Baguirmi à peu près au XVIe.Si l’on en croit BEYEM N.Roné. Une certitude caractérisait tous ces royaumes à savoir le commerce d’esclaves avec l’empire Ottoman.Alors d’où provenaient donc ces esclaves? On pense à tort qu’il y avait entre temps une sorte de modus vivendi entre ces royaumes pour ne capturer leurs « marchandises » que dans l’actuel SUD du Tchad.C’est archifaux:aucun de ses royaumes ne faisait cadeau aux autres. En effet,quand les historiens du Tchad arguent comme quoi les esclaves étaient capturés chez les populations païennes,ils oublient de souligner que ces royaumes d’abord n’étaient pas musulmans à leur création et ne l’étaient pas non plus devenus au même moment.En plus,le fait d’être musulman n’avait jamais empêché aux arabes,principaux vendeurs d’esclaves, d’épargner leurs victimes noires.Autrement dit,cette insistance sur le caractère païen de la
«marchandise humaine» n’était qu’une sorte de paravent utilisé par les arabes négriers pour se donner une bonne conscience musulmane.Par ailleurs, géographiquement,les royaumes du Kanem et du Ouaddaï, de part les obstacles naturels et humains qui jalonnaient leur route vers le réservoir humain supposé qu’est l’actuel SUD du Tchad devaient faire usage de beaucoup de moyens et de sacrifice pour y parvenir. Les peuples qui vivaient dans l’actuel Guéra et une partie de l’actuel Barguirmi devaient déjà être une barrière à franchir car ils n’avaient rien à voir avec ces royaumes de surcroit ce que nous connaissons comme ponts et autres bacs qui permettent de traverser les fleuves et leurs bras,aujourd’hui sont post présents à la présence coloniale.Par conséquent,une simple analyse stratégique dissuaderait ces chasseurs d’esclaves d’entreprendre une telle expédition vers l’actuel Sud du Tchad car le parcours était jalonné d’embûches et le BABA militaire empêche de tourner le dos à un ennemi insoumis.Quant au Baguirmi,s’il demeure incontestable qu’il ait fait des captifs de guerre dans l’actuel Sud du Tchad, il n’en demeure pas moins que c’était d’abord un royaume d’essence SARA et le fait que les Barguirmiens se soient islamisés après n’enlève rien à cela. Il suffit de bien les analyser pour se rendre compte que plus Sara que Barguirmien nada ! Donc cuisine interne.

Parlant de la religion justement, pourquoi les SARA et cie ne s’étaient-ils pas islamisés en masse afin d’être épargnés par le chasseur d’esclaves qui en principe ne vendait pas son frère musulman au lieu d’attendre l’arrivée du blanc d’ailleurs très tardive (l’islam est arrivé aux portes du Sud du TCHAD depuis plusieurs siècles alors que l’implantation des blancs ne date pas plus d’un siècle) pour adhérer en masse au christianisme ? On est tenté d’arguer comme quoi l’Islam avait été délibérément refusé à l’actuel Sud du Tchad sinon il faudrait aller chercher ailleurs les réserves de marchandises humaines.Bernard LANE par exemple,soutient que l’engouement des populations du Sud pour la civilisation apportée par le Blanc est d’autant plus accentué que la présence des blancs était perçue à ses débuts comme la délivrance des razzias périodiques commis par des chasseurs d’esclaves musulmans venus de l’Ouest (Foulbé), du Nord (Baguirmi) et de l’Est (Ouaddaïen). Si les populations du Sud du Tchad avaient subi une telle pression provenant des trois royaumes puissants,il ne resterait plus grand monde pour constituer, selon le même Bernard LANE,pendant un demi-siècle la zone privilégiée de recrutement "militaire" pour toute l’Afrique équatoriale. En clair,à moins que ces populations du Sud aient une capacité de procréation voisine des cochons, il demeure clair qu’à l’arrivée des blancs, ils ne trouveraient pas grand monde dans cette partie du Tchad. Mais hélas, le contraste est notoire avec la réalité.

En bref,les populations du Sud,qui n’étaient pas très bien organisées militairement parlant,devraient massivement adhérées à l’islam pour s’épargner la peine d’être déportées vers l’orient, par conséquent disparaître. Si elles ne l’avaient pas fait, la raison serait qu’une telle menace n’avait jamais existé.Car la conscience collective du sudiste ne fait aucunement cas d’un pareil héritage.

Pour élucider l’héritage dont il est question,on pourrait chercher dans les mots péjoratifs utilisés par les SARA notamment pour qualifier les nordistes en général. Nous n’avons pas trouvé en le «Doum »,terme le plus usité pour qualifier le nordiste, un sens qui traduirait esclavagiste. Le Doum veut dire quelqu’un d’entêté, quelqu’un qui ne fait qu’à sa tête. C’est vraiment un exercice linguistique que de trouver dans les dialectes parlés au Sud du Tchad des mots équivalents à abid’.Par ailleurs, il est curieux de constater que quand il est question de l’esclavage des sudistes par les nordistes, on oublie le facteur temps.S’il était vrai que ce sont les blancs qui avaient mis fin à cette pratique,il serait aisé de rencontrer encore des témoins vivants de cette tragédie car la présence des blancs au Sud du Tchad est très récente. Et argument de taille, tous ces soi-disant esclaves sudistes ne peuvent pas disparaître comme ça dans la nature.Non! Le type Sara ou Mayokebbien ne peut disparaître comme ça en moins d’un siècle parmi les populations du Nord du Tchad ou les populations arabes ou celles de l’Asie.Il doit exister quelque part quelqu’un qui soit à la recherche de ses origines.Malheureusement,toutes les références que nous disposons actuellement ne mènent au sudiste de nos jours.Parlant de référence, on peut citer le célèbre poète russe Alexandre POUCHKINE, petit fils par sa mère du célèbre général russe Ibrahim HANIBAL,un authentique africain fait esclave par les Ottoman et vendu en Russie,mais dont le destin particulier a fait que deux villages riverains (l’un au Cameroun, l’autre au Tchad) se dispute la paternité.Nous ne saurions oublier la jeune femme des (Antilles ?) qui, il y a de cela quelques années, s’était adressée à un site tchadien pour l’aider à retrouver ses origines probablement dans le BET,s’était vue refuser cette aide par un internaute pour des raisons fallacieuses.Or,pareille quête devrait être encouragée pour la manifestation de la vérité.

La vérité justement est qu’aucune partie du Tchad n’a été épargnée par cette traite et l’actuel Sud du Tchad peut au moins se targuer de n’avoir pas eu à souffrir de cette pratique autant que les autres. En fait, pour l’arabe,ceux des Tchadiens qui en ont fait l’amer expérience peuvent témoigner,l’homme noir qu’il soit musulman ou non, est un abid’et cela jusqu’aujourd’hui.Point final ! Cependant,la question morale qui se pose à l’esprit est que comment peut-on aujourd’hui se targuer d’avoir compté parmi ses ancêtres des esclavagistes ou pire leurs collaborateurs?
Dans un contexte mondial où ces crimes sont unanimement condamnés, de quelle fierté peut-on jouir en traitant son compatriote de "Abid"? Encore une des ces innombrables spécificités tchadiennes, peut-être ! Pour ceux qui ont soif de la vérité, la route qu’empruntaient les Ottomans allait de Benghazi(Libye) à Istanbul(Turquie) et les esclaves étaient vendus pour la plupart en Russie. Si aujourd’hui, les archives sur cette pratique ont presque disparu en Libye,il serait judicieux pour ceux qui en ont la capacité intellectuelle et les moyens financiers d’oser cette recherche pour la manifestation de la Vérité en Turquie et en Russie.

Une piste: Les douanes ottomanes recensaient sur des registres les esclaves qui entraient dans l'Empire.Ces documents,qui existent toujours,se trouvent dans les archives ottomanes d'Istanbul.Elles sont pour la plupart encore inexploitées car rares sont les spécialistes y compris en Turquie,qui parlent l'ancienne langue ottomane.Leur étude systématique devrait permettre d'avoir une idée précise du nombre d'Africains victimes de ce trafic.

Source :

1) LA TRAITE DES NOIRS EN DIRECTION DE LA RUSSIE par Dieudonné
Gnamamankou in La Chaîneet le lien,Doudou DIENE,(éd.),Paris,Editions
Unesco, 1998

2) TCHAD:ambivalence culturelle,par Beyem Ngakoutou RONE

3) Le Sud du Tchad dans la guerre civile,par Bernard LANE

Gangnon Djinta
gdjinta@yahoo.fr