Quand la Chine dicte sa conduite à l’Occident: ou les principes de la démocratie et des libertés à l’épreuve des espèces sonnantes et trébuchantes de l’Empire du Milieu.
Le président Bush a préféré noyer le poisson à sa façon: «ne pas aller à la cérémonie d'ouverture des jeux serait un affront au peuple chinois, ce qui peut rendre plus difficile toute possibilité de parler franchement avec les autorités chinoises»; mon oeil! Le Peuple Tibetin n’a qu’à aller au Diable! Le carnet de chèques du Peuple Chinois étant le plus consistant au monde actuellement et, pour longtemps encore, il imposerait de fait le respect vis à vis de ce Peuple.
Cela n’est ni nouveau, ni étonnant. Car, Antoine de Saint Expéry avait bien décrit cette attitude des “grandes personnes” dans le Petit Prince.
Ce qui est étonnant, c’est quand, passant outre ses acoquinements avec les régimes les plus décriés en matière des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, le même occident se montre farouchement intraitable faces aux petits dictateurs sans défense. Faisant croire à l’occasion qu’il est le champion en matière de démocratie.
Ainsi, George W. BUSH ne manifeste aucun scrupule à enjamber les droits des Tibétins pour se rendre à Beijing le 08 Août prochain; mais passe par tous les moyens pour obtenir auprès de ses collègues du G8 la tête de Mugabe du Zimbabwe. Parce que ce dernier a le double malheur d’être dans le prestigieux “club des démandeurs d’aide”; et, d’avoir eu le culot de déposséder les “membres de la communauté” des meilleures terres agricoles qu’ils avaient spolié aux authoctones à la faveur de la colonisation britannique au “bon vieux temps” de la Rhodésie du Sud.
La France dont les combines au Conseil de Sécurité des Nations Unies en faveur du Soudan sur le dossier du Darfour vient de se solder par “le retour du géant pétrolier français Total après 20 ans d‘absence au Soudan”, va courber l’échine devant la puissante Chine et éviter tout ce qui peut provoquer le courroux de ses dirigeants. Vue l’allure à laquelle vont les événements - “La Chine met en garde Sarkozy des conséquences d'une rencontre avec le dalaï lama”, titrait l’AFP le 08juillet 2008 - il y a fort à parier que la probable rencontre du président Sarkozy et du Dalai Lama n’aura pas lieu.
Puisque même si dans un recent sondage effectué en Chine, 80% des personnes intérrogées ne souhaiteraient pas voir Nicola Sarkozy assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Beijing, celui-ci a préféré ajouter la casquette de l’Europe sur celle de de la France pour solliciter sa présence auprès du patron des Chinois. Comme quoi, “la patrie des droits de l’Homme” devient de plus en plus frileuse sur les sacro-saints principes face aux espèces sonnantes et trébuchantes du busyness international.
Quand aux Africains, ils n’ont qu’à continuer à se cramponner solidement à leurs frontières intengibles, imposées par les Occidentaux à Berlin et que les «pères des indépendances» ont cristalisé dans la charte de la défunte OUA.
Ils n’ont qu’à continuer à ignorer royalement les sages enseignements du Pr. Joseph Ki-Zerbo qui, jusqu’à son dernier souffle n’a cessé de leur rappeler les principes simples et fondés sur des valeurs vernaculaires pouvant sortir l’Afrique de la dépendace.
Le super griot du Faso, digne héritier des transmeteurs des traditions ancestrales Africaines, Dani Kouyaté, a permi de recueillir ces propos pour la postérité dans un documentaire de 52 minutes intitulé “Identités/Identité Africaine” juste avant la disparition du grand sage (en 2006). La trame du documentaire? C’est le livre/entretien que le Professeur a eu avec René Holenstein et qui a pour titre: “À quand l‘Afrique”.
Ils n’ont qu’à continuer à reffuser d’admettre l’évidente prophétie de René DUMONT qui leur avait averti dès 1962 que “l‘Afrique Noire était mal partie”, en précisant que les économies de leurs micros États, fabriqués par la France, ne pouvaient se permettre individuellement des Universités, des Armées et des Missions diplomatiques dignes de ces noms. Aujourd’hui, malgré le fait que ces États “souverains” y consacrent près de 80% de leur revenus sans résultats tangibles, on s’y accroche fermement.
Les acteurs politiques, économiques, sociaux, culturels et cultuels Africains devraient impérativement s’interroger sur les principaux facteurs du retard du Continent Noir par rapport au reste du monde.
Mais, ils n’y arriveront que quand ils vont réussir à bannir les frontières méticuleusement érigées entre eux. D’abord dans leur tête (leur avait dit Franz Fanon dans “les Damnés de la Terre”) avant de les bannir géographiquement, politiquement, culturellement, financièrement, économiquement, … sur le terrain. C’est une condition sine qua none de la renaissance de l’Afrique Noire.
Le comportement de l’intelligentsia africaine où qu’elle soit à travers le monde n’incite pas à l’optimisme; le “chacun pour soi Dieu pour moi” n’est pas de nature à générer les synergies requises pour insuffler la sève du développement dans les veines assèchée de l’Afrique meurtrie par tant de blessures morales et physiques.
Singer la société de consommation occidentale tout en oubliant que derrière cette société de consommation existe une solide société de production, entraîne fatalement la dépendance, et conduit inévitablement à hypothéquer l’avenir du Continent (déjà très entamé) en y consacrant l’essentiel des ressources disponibles.
Aujourd’hui, d’autres acteurs viennent disputer l’hégémonie de l’Occident sur les ressources naturelles du Continent; parce que les Africains sont incapables de se rendre maîtres de leurs richesses à l’instar des Evo Moralès de l’Amérique du Sud.
Ainsi, le Continent le plus riche de la Terre voit tous les jours ses fils et ses filles se noyer dans la mer à la recherche d‘un hypothétique eldorado; parce que vous et moi voulons demeurer de simples spectateurs sans jamais chercher à prendre part à l‘accomplissement de notre destin.
DIALLO Saifoulaye,
Architecte D.E.N.A.,
Conakry, Guinée.
