17 janvier 2008 / Tchad Forum
Au Tchad, pays d’exclusion ou société d’ostracisme au système marginalisant, l’exclusion la plus féroce ne frappe pas que le paysan ou l’éleveur réduit au stade d’individu en dehors de son pays ou il est obligé de « vendre » son enfant à un organisme fut-il Français pour se maintenir au niveau d’un être humain.
Il arrive aussi à la mère de pousser sa fille dans la rue ou au mari de regarder sa femme dans le bras d’un autre homme jugé "intouchable"!
On tue,on viole,on vole, on vend un bien public sans le moindre remord.
Aujourd’hui, la condition des abandonnés de la société tchadienne est un défi au statut de la personne humaine.
L'acte posé par l’Arche de Zoé par exemple résulte d’une situation d’horreur et d’abandon de l’être humain pris fatalement dans la contingence damnée faite de malédiction sociale. Malédiction et fatalisme de la naissance dans un pays qui hait ses enfants!
Au Tchad, toute notre approche de l’homme et de la société, toute notre mentalité ostracisée qui exclut toujours l’autre, tout notre ego gigantesque qui monopolise, accapare tout par supériorité vis à vis de l’autre qui ne mérite rien, est pourrie jusqu’au médullaire.
Notre néo-tribalisme courant où des gonflés du pouvoir, des préjugés de toutes sortes regardent de haut comme une espèce inférieure le reste de la population mérite un changement profond.
Il faut redonner aux tchadiens l’estime de soi-même. Mais en attendant,c’est la conscience des élites qui doit évoluer hors des discriminations enracinées dans l’histoire de clivages extrêmes qui est la nôtre vers la libération, afin de nous libérer collectivement.
Bref, tout notre comportement est à refaire, car le monstre est en nous, les monstres, c’est d’abord nous. Aussi,faut-il le souligner,qu'il y a aussi des culpabilités à tous les niveaux et de toutes les classes sociales? Les privilégiés cossus, corrupteurs et les rapines traditionnelles qui ont tout accaparé sans éduquer le peuple, sans envoyer des signes d’humanité, sans manifester des valeurs humaines et citoyennes, sont de loin les premiers responsables de la marche au supplice d’aujourd’hui; soit dans le gouvernement ou dans l’opposition politico-armé, ou encore dans celle dite démocratique (Entendez par là sans armes).
Il est temps de cesser la crise spéculaire, ce retour contre le ressemblant du tchadien traumatisé de sa propre image au miroir de son histoire de déchéance collective permanente après 1960.
Nous vivons une sorte de suicide projeté qui met à mort le ressemblant tout en idolâtrant le corrupteur étranger, de la descente en enfer de notre propre pays.
Nous devons arriver à la désaliénation des élites elles-mêmes, enfin libérées de la haine ou de la honte du soi ethnique et identitaire entretenue par les ennemis racistes, néocolonialistes et impérialistes du pays.
Dans la nouvelle façon de se comporter, le primat de l’homme sur le profit et les préjugés, les armes et armures édificatrices telles l’éducation, le dialogue et le partage dans un espace public dûment aménagé renversant l’individualisme antisocial, antinational, antiétatique et anti structurel pour le renforcement du vouloir vivre collectif devront être les valeurs-boussole de la société.
C’est par ces valeurs, si elles sont inscrites dans de nouvelles structures institutionnelles culturelles et matérielles, que pourra naître le Tchad de demain qu’émergera le citoyen tchadien véritable.
Et pour que ce comportement soit, il faut que finalement le collectif prime l’individuel par la force des lois et des structures, et grâce à la nouvelle éducation de la société et du tchadien pour exorciser nos déficits d’humanité, nos démons de barbarie qui ressurgissent à chaque crise aiguë affectant le pays de crises en impasses comme dans une aporie du supplice.
Allons-nous continuer avec nos manières d’autruche sociale, par peur de nous regarder et de ne pas se voir si hideux après nos 48 ans d’une indépendance qui, pourtant, fut un apport capital pour nos parents?
Sommes-nous prêts à nous vaincre par le renouvellement de nous-mêmes?
Que tous les tchadiens dignes de leur humanité et désirant une citoyenneté effective, dans un pays effectif, loin de la gouvernance fantôme qui « dirige » aujourd’hui comme par démission, commencent une méditation féconde et une mise en commun des énergies libératrices pour donner au Tchad les moyens de fonder une nouvelle humanité, une nouvelle société, fut-il un nouveau pays!
Félix Ngoussou
Tchadforum.com
17 Janvier 2008
Source : Tchad Forum
