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L'Afrique-La France et La Democratie: La Leçon manque de la pédagogie

Dans l’un de ses récents discours, le président Sarkozy disait à l’adresse des opposants disparus que: « Le gouvernement tchadien ne pouvait pas faire n'importe quoi ». Aussitôt dit, l’ex Président accusé d’être arrêté les doigts sur la gachette et qui vit chez lui en résidence surveillée était devenu libre de ses mouvements.
L’arrivée du President Français au Tchad pour regler les problèmes tchadiens montre combien de fois les présidents africains avaient du mépris pour leurs propres compatriotes. Il faut qu’un Blanc vienne leur dire « Libère telle personne ou dit oui à la démocratie… » pour que ceux-ci s’éxécutent.

Certes la France a réussi, au cours des années, parfois avec l’aide de ses alliés en Afrique, à pousser des dictateurs à prendre une retraite anticipée et à laisser la place à des tyrans chargés d’organiser des élections ressemblant le plus possible au rituel auquel se livrent périodiquement « la maçonnerie Française » . Les résultats sont, pour le moins, inégaux, de Lomé à Yaoundé , de N’djamena à Dakar , de Ouaga à Libreville.

Dans certains cas, l’ancien régime répondait non seulement aux critères sociopolitiques d’oppresseur de son propre peuple, mais aussi, par hasard , aux impératifs géoéconomiques du libérateur . Le départ du dictateur et l’élection de son remplaçant, supposé obéir à la volonté Francafrique, passe par l’organisation obligée d’une élection au suffrage universel.Le suffrage est universel mais pas légitime.On gouverne un pays entier avec 27% de suffrage. « Je suis president des 27% de la population et aussi celui de la « minorité » de 73% qui a voté non ». 73% est une minorité !

Certes, on peut espérer que le remplaçant, ainsi choisi, soit capable de compter sur une majorité de ses concitoyens pour rétablir à la fois l’état de droit et la prospérité mis à mal par des années de corruption et d’incompétence de son prédecesseur.

Malheureusement l’héritage de ces années noires s’est inscrit dans les gènes de la société. La méfiance et l’irresponsabilité sont les génomes d’un cancer social difficile à résorber même avec une chirurgie comme la comparution de ses anciens chefs devant un tribunal ou une chimiothérapie comme l’envoi d’experts pour réformer les institutions.

Le remplaçant voit ses efforts combattus par la diversité des intérêts soudainement libérés par l’intervention extérieure. Ou il reprend sous un autre nom les pouvoirs de l’ancien régime ou il reste éternellement dépendant du libérateur pour se maintenir au-dessus de la mêlée des clans qui s’arrachent les lambeaux du pouvoir.
Si la démocratie était un don des dieux, elle ferait des miracles. Or, comme nous le constatons tous les jours, il ne suffit pas de la toucher avec la baguette magique des élections pour que la démocratie se mette à jaillir d’une terre où le civisme est à sec depuis des générations.

La démocratie, c’est lourd à porter pour les africains. Car il faut prendre le risque de faire des choix et accepter qu’un mauvais choix se retourne contre ceux qui l’ont pris.

Les africains, surtout les francophones ne comprennent pas encore que la démocratie est un long apprentissage dont une intervention extérieure ne saurait faire l’économie. Cela ne s’impose pas. Il y a une pédagogie de la démocratie. Celui qui prétend l’enseigner doit prendre le temps de l’expliquer... de s’expliquer.

La démocratie, c’est comme un muscle. Quand on arrête de l’exercer, elle s’atrophie. Comme pour une démonstration en laboratoire, il faut multiplier les expériences pour que les élèves en voient les résultats. Quels résultats voient les citoyens de N’djamena , de Yaoundé, de Dakar, de Ouaga, de Libreville ou d’Abidjan ? Même s’ils étaient prêts à porter le fardeau de la démocratie, ont-ils l’impression que c’est le leur ? Ne serait-ce pas, parfois, un fardeau servant à construire la cité de quelqu’un d’autre ?

Encore faut-il savoir ce que l’on veut enseigner et ce que les élèves sont prêts à apprendre ! Si la meilleure pédagogie est celle qui amène l’élève du connu à l’inconnu, la nouvelle démocratie doit-elle passer par le modèle parlementaire des sociétés occidentales ? D’ailleurs, de Paris à chaque pays africain, l’enseignement est loin d’être homogène. Il prend des allures propres à la culture et aux traditions de chaque pays. Pourquoi devrait-on imposer un modèle classique aux pays qu’on prétend aider à se libérer d’une dictature ?
Après tout, la France n’a jamais été un modèle de la démocratie et elle n’a non plus cru bon d’adapter la démocratie parlementaire de la Grande-Bretagne à la nature particulière d’une collectivité composée d’anciennes colonies se voulant autonomes ?

La démocratie d’Athènes ou celle de la République Romaine ne ressemblaient pas au modèle que Paris tente d’imposer à l’afrique francophone. Si la démocratie, c’est la voix du peuple, les libérateurs pourraient peut-être écouter ce que les peuples ont à dire quant à la forme de démocratie qui répondrait le mieux à leurs attentes.

Félix Ngoussou