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LA COURSE AU POUVOIR AU TCHAD …ALORS QUI ?

Depuis près d’une dizaine de jours les hostilités ont repris au Nord-Est du Tchad entre les forces rebelles et gouvernementales, alors que sous les auspices du président Bongo, Goukouni, ancien Chef d’Etat tchadien, réfugié à Alger conduit une mission de réconciliation nationale. Goukouni et Deby se sont rencontrés à Libreville puis au mois de Juillet à Ndjaména pour amorcer officiellement cette réconciliation qui fait partie d’une longue liste de négociations et de réconciliations engagées par divers partenaires politiques depuis le début du conflit avec le Soudan en 2003.
Le conflit entre le régime tchadien et celui d’el Béchir rampait déjà sous les pieds quelques temps seulement après la prise du pouvoir de Idriss Deby en 1990. Il a éclaté au grand jour à partir de 2004 avec des accusations mutuelles de soutien aux rebelles installés sur les frontières entre les deux Etats. Khartoum promettait à sa façon la fin du régime de Ndjaména et ce dernier se déployait pour mobiliser tout ce qui pouvait entraver politiquement El Béchir, qui avait maille à partir avec la communauté internationale. C’est dans ce contexte que le président Deby a modifié la constitution qui le limitait à deux mandats pour en briguer un troisième et faire de sa posture une affaire personnelle contre El Béchir et ses acolytes tchadiens.
Aujourd’hui dans les milieux tchadiens, même si on croit aux négociations on pense clairement que le Soudan et certains de ses alliés étatiques ne pardonneront jamais au président Deby son « arrogance» et vont agir de façon à entraîner sa chute. Cette logique fonde selon eux, les difficultés tribales que Deby affronte au sein de son clan apparenté au Soudan (il y a des Zaghawa dans les deux pays) et la rébellion qui décroît son influence politique et sociale. Ensuite, son alliance religieuse avec les tribus dites arabes au début des années 90 a volé en éclat avec une myriade de rebellions armées de ces tribus, canalisées par Mahamat Nour (un Tama). Les Goranes également coalisés sous Nouri (un Gorane) lui tournent finalement le dos et embrassent une forte rébellion armée qui rallie le résiduel des troupes de Togoymi, de Goukouni, de Habré, etc. Il apparaît donc que Deby n’est plus en sécurité au-delà des 5 préfectures du Sud et de la capitale Ndjaména. Mais pour combien de temps ?

Pourquoi la négociation est-elle possible ?

Examinons les spectres primaires.
1. Affaibli, d’une part par divers événements familiaux et sa santé ; d’autre part encerclé par une rébellion armée très active dans le Nord mais aussi dans le Sud où quelques hommes en armes tentent de se positionner avec les mouvements du Nord, le gouvernement tchadien a du mal à gérer la situation politique et sociale. Cette carence augmente par ailleurs sensiblement l’impact des partis d’opposition, qui sans adhérer au succès politico-militaire de la rébellion se sont transformés en partenaires voire en interlocuteurs diplomatiques de la communauté internationale. Ils dénient au régime toute crédibilité politique et par ce fait rendent le changement inévitable. Mais quel changement et de quelle façon ? Le président Deby qui détient le record de longévité présidentielle au Tchad fait face aujourd’hui à une triste fin et il peut l’éviter en activant la négociation pour un passage de pouvoir progressif à des forces de la coalition républicaine. La négociation puis la réconciliation nationale restent la seule politique qu’il doit établir pour sauver sa tête.
2. Goukouni est usé mais il est sans conteste le plus indiqué et le plus sage pour conduire avec bon sens et un succès même relatif les négociations. Comme à ses bonnes manières, il a su s’ouvrir à l’ensemble de la communauté politique tchadienne pour initier et travailler au dialogue en cours. Malheureusement cette initiative se voit malmener par les récentes atrocités guerrières au Nord. Néanmoins, c’est sur Goukouni que repose certainement l’alternative au coup d’état imminent des rebelles.
3. La France, pièce maîtresse dans l’imbroglio tchadien est mal partie dans cette affaire de la nouvelle guerre pour le pouvoir. Le spectre du Rwanda la poursuit car les Tchadiens par cumul des faits la stigmatise de complicité de crimes au Tchad. Toutes ces actions mêmes les plus couvertes sont dénichées et utilisées pour susciter la haine de sa politique au Tchad. On lui reproche contre la raison ses interventions au moment de l’entrée des rebelles dans la capitale en avril 2006. L’affaire très controversée de rapt ou de secours d’orphelins par une ONG française dénommée Arche de Zoé ou Children Rescue, était supposée redorer son blason. Cette affaire a même amené le président français, nouvellement élu, à intervenir en personne auprès du président Tchadien en se rendant sur place à Ndjaména. Malheureusement toute l’action liée à cette affaire y compris celle du président français n’a eu qu’un effet de feu de paille dans le sens escompté. Bien au contraire, elle a été l’occasion pour les populations et les hommes politiques d’attiser un sentiment anti-français concrétisé par une violente manifestation à Ndjaména. La politique française est depuis quelques années dans une mauvaise passe auprès de la population tchadienne et la France, accusée de porter à bout de bras un régime vomi, est condamnée à agir avec beaucoup plus de prudence. Pour cela elle doit solliciter des influences régionales majeures telle que la Libye, l’Algérie ou le Gabon. En fait la France est considérée comme un snipper dans cette histoire de pouvoir au Tchad. Démasquée, elle n’a pas d’autres choix que de soutenir sans langue de bois habituelle une voie ferme de négociation.
4. Les rebelles aussi ne sont pas dans une position politiquement confortable en ce sens que :
- ils sont a-solidaires. Chacun se bat pour sa chapelle et lorsqu’une organisation entre en guerre contre le régime, les autres assistent en spectateurs (Ils sont dans un championnat de boxe).
- Leurs organisations sont tribales et pour la plupart logées au Nord. Ils doivent pour être crédibles s’accoquiner avec les organisations du Sud ou des sudistes.
- Leurs motivations tribales dans la lutte de leadership fait d’eux des maillons faibles du processus de démocratisation au Tchad.
Pour garantir leurs succès, ils sont tenus de négocier, ne fût-ce que pour rassurer les partenaires occidentaux et africains qui ont le contrôle des influences sur le Tchad. Ils doivent dévoiler non pas leurs « professions de foi » mais leur vrai visage partenarial.
Ni l’intervention des organisations régionales (CEMAC, CEAC, etc.) ni la médiation des Etats voisins notamment la Libye, ni même les négociations menées par l’U.A ou la Ligue arabe n’ont su atténuer l’ego du président tchadien ou la subversion des partis politiques qui arme l’ardeur des politico-militaires. Le régime de Deby est comme un fruit mur maintenu fictivement sur sa base par la volonté française, dit-on. La main qui le maintien s’est-elle affaiblie ?

Alors qui ? Quel code utiliser ?
En dehors des codes connus à travers l’histoire politique du Tchad, inventons-en un autre pour lire entre les lignes le futur proche du régime tchadien actuel. Il est évident que les codes ont un sens mystique et constituent une sorte de porte qui donne sur des signifiants du possible.
De 1979 et 1982 il y avait 3 acteurs dont les noms finissent par le son é.
Habré – Kamougué – Weddé.
Les deux derniers ont chassé le premier et le premier a chassé le dernier en instaurant l’enfer. Lorsque les deux derniers ont chassé le premier cela été le sursis pour le second, à savoir Kamougué.

Aujourd’hui, nous avons encore 3 acteurs avec le son i repartis en 2 classes avec deux Goranes et deux Zaghawa.
1. Debi – Nouri – Erdimi. Les 2 derniers peuvent-ils s’entendre pour chasser le premier ? Oui. Mais qui des deux serait porté à la tête du pouvoir ? Sans doute aucun. Dans ces conditions, c’est le schéma de la Corne. (Somalie !?)
2. Debi – Goukouni – Erdimi. Les deux peuvent-ils s’entendre pour faire aboutir une négociation avec Deby ? Oui ! Deby aurait alors un sursis et Erdimi prendrait la tête. Quant à Nouri, le quatrième larron, il pourrait contre Erdimi tenter quelque chose mais l’horizon est lointain et pourrait amener d’autres sons. Une classe Debi-Goukouni-Nouri est aussi possible à condition que Goukouni assure le pouvoir et sans coup férir, relance très rapidement le processus démocratique. Nouri est le véritable inconnu qui dépend de Deby.

Serait-il trop tard pour négocier ? Absolument non ! Sauf s’il manque de volonté politique sur le plan international. Mais on doit profiter du fait que tous les acteurs en présence sont affaiblis, pour promouvoir une négociation, seule camisole de force pour arriver à une paix relative. En ce qui concerne les combats dont Deby semble se prévaloir, il doit se souvenir que contre Habré, il n’a eut à effectuer que 2 combats décisifs dans le maquis. On se rappelle que les combats entre les 16 octobre et 16 novembre 1989 étaient considérés comme très destructeurs et les fameux « stratèges analystes » prévoyaient que les pertes étaient si lourdes, qu’il fallait pour les deux camps attendre entre 6 mois et un an pour se restructurer. On connaît la suite. En effet, moins de temps que prévu, un autre combat « sésame » lui a ouvert la porte du palais présidentiel le 1er décembre 1990. Les combats du 16/10 au 16/11/ 1989 se sont déroulés sur les mêmes lieux que ceux qui opposent aujourd’hui le pouvoir aux hommes de Nouri et de Erdimi.

A bon entendeur salut ! Khobet

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