6324586 views


Présence militaire étrangère en Afrique :La position inconfortable de la France et des "Gouvernants" africains

FRANÇAFRIQUE ACTUALITES - Politique

PRESENCE MILITAIRE ETRANGERE EN AFRIQUE
LA POSITION INCONFORTABLE DE LA FRANCE
ET DES "GOUVERNANTS" AFRICAINS
(in Le Matin d'Abidjan du 21 février 2006)

Depuis plus d'un siècle, la présence militaire française en Afrique n'a posé aucun problème. Mais, depuis un certain temps, des voix s'élèvent ici et là pour remettre en cause cette présence militaire.

Peu après 1960, année des indépendances africaines, la France n'a pas vu venir ou n'a pas su anticiper le mouvement de protestation et de remise en cause de sa présence militaire sur le continent. Comment l'aurait-elle pu ? La France ne traite qu'avec les Etats et non avec les peuples qui élisent (?) ceux qui incarnent ces Etats avec lesquels elle traite. Elle n'a pas compris très tôt, ou n'a peut-être pas voulu y penser, que les générations ont changé. Celles des années 60, du siècle dernier, ne sont plus celles de l'an 2006, le XXIème siècle.

Un sacré retard dans ses analyses ou ses projections politiques ! Dès lors, la position de la France en Afrique est devenue très inconfortable. Si la France avait militairement soutenu les peuples qui "élisent" les gouvernants africains, si tant est qu'ils sont réellement élus, ce sont effectivement ces "démocratiquement élus" (comme on dit souvent) qui auraient demandé, depuis longtemps, le départ des forces militaires françaises basées en Afrique. Ils auraient fait prévaloir l'argument implacable et incontournable de la "non ingérence dans les affaires intérieures d'un Etat étranger", puisque ne servant pas leur cause. Mais, comme c'est l'inverse qui s'est produit, et comme les peuples n'ont jamais de voix, les gouvernants élus et non élus "démocratiquement" s'en contentent parce que servant leurs intérêts.

Ainsi, la France est devenue le pilier de nos dictatures en Afrique, aidée en cela par certains de ses omnipotents et omniprésents groupes industriels et autres lobbies que la presse française et internationale n'arrête pas de dénoncer.

Maintenant, au regard de la mutation des peuples africains que personne n'avait pris en compte, pour l'avoir minimisée parce que tenue pour moins que rien, on cherche des "modus vivendi" pour régler ce dossier devenu épineux sans faire trop de casses. Les cas relevés ces dernières décennies, voire très récemment, d'interventions militaires en Afrique, avec ou sans accords militaires avec certains pays, et qui ont conforté les régimes dictatoriaux et criminels locaux, font que les peuples africains prennent petit à petit conscience de la présence sur leur sol de cette force militaire qui n'est là que pour consolider le pouvoir de ceux que certains appellent parfois des "Présidents-Gouverneurs-Généraux" ou des "Préfets de régions"./p>

Le cas du Congo-Brazzaville où les lobbies et hommes politiques français de droite se coalisent pour soutenir un fasciste dont nul, en leur sein, ne récuse les pratiques et les méthodes de gouvernement, lui fournissant bien au contraire toute logistique possible, n'est qu'un exemple parmi d'autres. Ainsi, face à la tragédie que connaît et vit ce pays, tant que le pétrole continue de couler, pourquoi s'en inquiéter ? A Paris, Gauche et Droite confondues, on dit : "Laissez-les s'entretuer. Les intérêts de la France ne sont pas menacés". Sauf que ces entretueries sont organisées, gérées et soutenues par l'Etat français. Chose qu'ils se gardent de dire au Peuple Français.

En 1996, dans son bulletin d'information, Nord-Sud Exports révélait que la France et les Etats Unis d'Amérique (USA) avaient demandé à Pascal Lissouba et Sassou Nguesso, à l'époque, de limiter leur guerre dite civile, qui surviendra en 1997, à la seule ville de Brazzaville (pas à Pointe-Noire et pour cause !). Comment ces Etats avaient-ils su qu'il y aurait une guerre entre les deux protagonistes si l'un d'entre eux n'en était pas l'instigateur ?
Malheureusement et peine perdue, parce que ne connaissant sans doute pas les individus, celle-ci est allée au-delà de Brazzaville. Résultat : toutes les régions du sud-Congo ont été embrasées, dévastées. Le dossier des "Disparus du Beach" de Brazzaville relève de cette folie meurtrière, de cette soif de sang humain, même si la France a voulu l'enterrer définitivement, le 22 novembre dernier (2004). Sauf qu'on n'efface jamais la mémoire.

Bref, maintenant que des voix s'élèvent ici et là, s'insurgent contre les crimes impunis des gouvernants africains, leurs crimes contre l'humanité et leurs génocides à répétition, les mêmes pays comme la France et leurs lobbies ne veulent nullement entendre parler de Tribunal Pénal International ou de Cour Pénale Internationale permanente pour ces pays, notamment le Congo-Brazzaville. Et pour cause !

Imaginez des bases militaires africaines en France ou dans toute l'Europe ! Imaginez la réaction des Français, des Européens ! Quel scandale, quelle humiliation ! Mais l'inverse ne l'est pas, puisque c'est normal !

Dans tout ceci, le problème est qu'en Afrique d'expression française dite aussi francophone, le principe du pouvoir est très simple : « Celui qui remue la queue, rampe, lèche les bottes et garantit les "intérêts de la France", même s'il est reconnu mondialement comme étant un criminel contre l'humanité et un génocidaire récidiviste impénitent et incurable, celui-là est "jugé apte" à gouverner ses compatriotes ».

C'est pourquoi, ceci étant, et quoi que l'on fasse, à court, moyen ou long terme : Un peuple longtemps brimé, longtemps opprimé, longtemps martyrisé et longtemps maintenu en esclavage, finit toujours, un jour ou l'autre, par se révolter. Ce jour-là, plus rien ni personne ne pouvant le contrôler, il s'en prend d'abord à l'objet réel de ses malheurs avant de se retourner enfin (si nécessaire) contre ses propres leaders. J'en suis plus que convaincu.

Jean-Claude Mayima-Mbemba
Secrétaire Général

choisi pour vous chers compatriotes

Abakara Assileck H