Nous le savons tous, le Niger et le Mali sont depuis quelque temps en proie à des rébellions touarègues. Il serait plus juste de parler plutôt de regain de rébellion, tant les actions de ses rebelles ne datent pas d’aujourd’hui.
Mais, alors que Bamako négocie avec sa rébellion pour régler le problème, Niamey, quant à lui, a choisi la solution militaire pour y arriver. Pire encore, le gouvernement du Niger dénie à ses insurgés le qualitatif de "rebelles", et ne voit en eux que de simples bandits. Ah, politique de l’autruche, quand tu tiens Mamadou Tandja ! Cette prise de ses vessies pour des lanternes n’est d’ailleurs pas sans rappeler ce héros fou de Cervantès, Don Quichotte, qui combattit des moulins à vent, qu’il crut être des ennemis. Seulement, contrairement à Don Quichote, suivi dans ses délires par son fidèle écuyer, Sancho Pança, le président de la République du Niger, Mamadou Tandja, lui, ne semble suivi par personne. En tout cas, l’Assemblée nationale de son pays, toutes tendances politiques cofondues, a récemment appelé son gouvernement à ouvrir des négociations avec ses opposants armés.
Malheureusement pour le Niger, en guise de réponse aux représentants du peuple, Niamey a dit en substance : négocier, oui, mais, et c’est là que le bât blesse, à la condition préalable que les bandits à ses yeux déposent les armes. Or, c’est parce qu’il y a problème que certains Touaregs ont pris les armes.
Il faut donc négocier avec eux pour y trouver la solution, et alors ils déposeront les armes, cela, d’autant plus que, si les armes à la main, ils n’arrivent pas à se faire entendre ou écouter par Tandja, croiront-ils que c’est les mains nues qu’ils y parviendront ? Que Mamadou Tandja demande à Guillaume Soro si, en dépit des concessions qu’il a obtenues de Gbagbo, ses ex-corebelles ont déposé le fusil.
Plutôt donc que de poser une quelconque condition à l’ouverture du dialogue, comme s’il était en position de force pour le faire, le président du Niger ferait mieux de prendre langue avec ses compatriotes mis au ban de la société, qui ont soustrait le nord du pays du contrôle total du gouvernement, et y font la loi à coup de routes minées, d’attaques des casernes et des unités de l’armée avec enlèvement de militaires par dizaines, etc.
Car ce ne sont ni l’Etat de belligérance ni les violations répétées des droits de l’homme par les forces de sécurité, encore moins les exécutions sommaires de prétendus complices civils des rebelles qui sortiront le Nord-Niger de l’ornière. Tandja le sait, en Côte d’Ivoire, Gbagbo avait menacé de faire descendre le feu sur la tête de ses ennemis avant de se raviser quand il a constaté qu’ayant une armée de développement, il valait mieux pour lui négocier.
Les résultats en demi-teinte obtenus par Amadou Toumani Touré du Mali avec ses rebelles touaregs, Tandja ne doit pas les considérer comme de l’eau apportée à son moulin, les insurgés et les autorités ivoiriens étant parvenus, à force de négociations et de patience d’année en année, de sommet en sommet, d’accord de Ouagadougou en accord de Ouagadougou complété, à un modus vivendi, dont l’épilogue commencera, inch Allah, le 30 novembre 2008. Que Mamadou Tandja négocie donc sans fixer de condition à la paix et remette l’ouvrage vingt fois sur le métier.
Ahl-Assane Rouamba
Observateur de Paalanga
